jeudi 30 septembre 2004

Une Forêt au coin de Papineau

Ce matin, j'ai croisé un fou malheureux.
Rare.
Peut-être n'était-il pas si fou.

L'ennui avec la folie, c'est qu'elle n'est pas fiable. Un jour elle étreint, un jour elle jette du lest. Même les plus fous se trouvent parfois intelligents. Une clairière dans la forêt. Un rayon de soleil. Une gifle. Et c'est dans ces petites clairières que les fous sont le plus malheureux, quand la folie laisse suffisamment de conscience et de recul pour qu'ils puissent la voir. Mais la plupart du temps, ils ne se trouvent ni brillants ni fous. Ils se trouvent rien. Ils ne se trouvent pas.
Un carcan confortable qui sait se faire oublier quand il est bien serré, un carcan qui étreint l'esprit et lui donne des allures de saucisson, un carcan qui abaisse la bonne chair au titre de bourrelet.

Ce matin, au coin de la rue Papineau, un fou regardait la forêt qui l'entourait.
Et pleurait sans tendre la main.

5 commentaires:

  1. Papineau/Laurier, j'imagine ! Mais je ne pleurais pas, j'épluchais des douleurs...
    -Jeff

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  2. Ton texte est magnifique tu écris vraiment magnifiquement. On sent beaucoup d'intelligence fine et de lucidité un brin cynique mais pleine d'amour à travers ton écriture. Elle reste légère et réussit à être profonde, elle est incroyablement drôle tout en transmettant des messages existentiels suscitant une certaine réflexion. Elle n'est jamais complaisante. Y en a qui tueraient pour écrire un paragraphe semblable à un de ceux que tu ponds si régulièrement. En un mot, Merci Demetan.

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  3. "Même les plus fous se trouvent parfois intelligents."

    dommage que le contraire ne soit pas plus vrai!

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