mercredi 25 janvier 2012

Extrait du manuel des médecins spécialistes

« Le médecin spécialiste (MS), tel un Juif hassidique, est farouchement fermé au monde extérieur. Quand le patient entre dans son bureau, le MS ne se présentera jamais et évitera tout contact visuel. Il daignera répondre aux questions que si le patient insiste beaucoup, mais le fera par obligation avec un enthousiasme qui rappelle celui du douanier devant une file de vacanciers bruyants et bronzés. Un bon MS s’assure que durant toute la durée de la consultation, le patient n’oublie pas qu’il n’a pas le même statut ni n’appartient au même monde.  

« Malheureusement, dans un dessein purement mesquin, certains patients récalcitrants utiliseront le vocable "collègues" pour parler des médecins résidents ou, pire, des infirmières. Essayez de rester calmes. Le Collège des médecins travaille à rendre un tel affront passible d’emprisonnement. »

vendredi 18 novembre 2011

Nouvelle en 140 caractères

La Zone d’écriture de Radio-Canada a lancé un défi aux aficionados de Twitter : écrire une histoire sur leur compte en incluant le mot #temps. Maximum 140 caractères, espaces incluses (ou inclus, c'est comme vous voulez).

Si la participation n'avait pas été limitée à un seul texte (sic!) par personne, je crois que j'aurais passé ma journée à en écrire.

Voici ma particpation:


«Mon chien m’a léché les doigts quelque temps, puis j’ai soupiré. De mon index encore mouillé, j’ai appuyé sur la gâchette.»


En attendant le dévoilement du gagnant, allez lire les 5 finalistes.

samedi 12 novembre 2011

Karkwa diète

Bon. Je ne tiens pas tant que ça à partir le débat, mais je lance tout de même le questionnement suivant :

Pourquoi ne reproche-t-on jamais aux comédiens de jouer dans une publicité?

Pourquoi nous ne leur reprochons jamais de prêter ne serait-ce que leur voix à un commanditaire, même quand ce dernier va à l'encontre des valeurs profondes du comédien (je pense ici à un comédien bien connu pour ses valeurs écologiques - et en meilleure position financière que bien d'autres - qui a prêté sa voix à une marque de camions)?

Bref, pourquoi quand on arrive à la musique, on a l'impression que l'artiste vend son âme, alors qu'on est plus enclins à comprendre les motifs économiques de celui qui prête son corps et sa voix à un publicitaire? (et encore là, pas toujours: qui a reproché à Malajube son contrat avec Zellers?)

Mais bon. Personnellement - et ça ne règle rien au questionnement - je crois que Coca Cola fera vendre plus de Karkwa que Karkwa fera vendre de Coke diète. Et c'est tant mieux.

mercredi 9 novembre 2011

Aphorisme professoral

Après la correction de 10 mauvaises copies, le prof peut chialer. Avec l'expérience, il chiale de plus en plus tôt. C'est d'ailleurs ainsi qu'on reconnait le prof d'expérience: il chiale pendant ses vacances, en prévision de.

mardi 27 septembre 2011

École maternelle


Je me souviens de ma mère, debout sur le trottoir, qui me faisait bye-bye en souriant.

Je me souviens de cette petite école. Les Bouts-de-Choux. Les écoles maternelles, à l’instar des garderies, ont souvent un nom un peu con. J’y arrivais drôlement tôt, j’allais au vestiaire, je montais en classe. Tout cela était nouveau pour moi, tout comme ce tas d’enfants que les adultes identifiaient comme mes «amis» alors que je n’en connaissais aucun, sinon José et Serge, de nom, parce que ma mère répétait qu’elle avait croisé leur mère dans les cours prénataux. Mais ils étaient tout de même mes amis, même Tommy, le baveux qui avait terrorisé l’autobus dès le premier jour. Il avait déjà l’oreille percée et nous n’étions que dans les années 70.

Je me souviens de cette crainte sourde que j’avais au creux du ventre le soir venu, couché dans mon lit. Cette peur devant tant d‘inconnu, et ces matins où je pleurais un peu parce que je doutais pouvoir être à la hauteur.  Je me souviens de mes parents qui me rassuraient, qui m’assuraient que tout irait bien, que j’étais grand maintenant. Le pire c’est que je lisais dans leurs yeux qu’ils croyaient tout ce qu’ils disaient.

Je me souviens des grands que l’on voyait courir dans la cour de l’école primaire. Ils couraient vite, ils criaient fort, ils étaient presque des adultes, ils faisaient peur. 

Tout cela refait surface alors que je regarde ma fille partir le matin. Elle quitte un monde où elle est la plus grande pour aller dans un autre où elle est la plus petite, où elle ne connait personne et où on lui chante que tout le monde est son ami. Je la regarde marcher dans cet univers cruel qu’est celui des enfants en me disant qu’elle me glisse des mains, que je dois maintenant avoir confiance en elle, en son jugement, en sa force, en la vie.

Tout ira bien, elle est grande maintenant.

Je me regarde et je me souviens de ma mère sur le trottoir, dans la poussière de l’autobus, la main dans les airs, immobile un peu trop longtemps.

Je ne savais pas qu’elle avait pleuré.

dimanche 28 août 2011

La chanson du jour: Irène (The Cult)



«Hot sticky scenes, you know what I mean
Like a desert sun that burns my skin
I've been waiting for her for so long
Open the sky and let her come down

«Here comes Irène
Here comes Irène
Here she comes again
Here comes Irène»

mercredi 24 août 2011

Le Vilain Petit Canard


Je ne m’y habituais pas. Depuis le jour de mon arrivée dans cette entreprise, je les trouvais de plus en plus laids. Gros, vieux, flasques, cons, ennuyants et laids. La réceptionniste, le commis d’entrepôt, le comptable, le patron, tous semblaient ignorer la mode, le charme, la beauté. Même tapi derrière mes paravents grèges, je sentais leur laideur, et bien sûr, le temps n’arrangeait rien à l’affaire. Tous les matins, je me dépêchais d’entrer dans l’enclos qui me servait de bureau et j’allumais mon ordinateur pour ne pas avoir à socialiser avec un de ces monstres.

Je supportais leur vue avec peine depuis 10 ans quand un jeune investisseur acheta l’entreprise. Le nouveau patron n’avait que trois mots à la bouche : look, jeunesse et look.  Le bureau ne tarda pas à changer d’allure, à commencer par la réceptionniste. Le thon qui accueillait les clients depuis 10 ans fit place à une jeune fille aux cheveux longs, au sourire blanc de blanc et à la poitrine de taille impressionnante sur laquelle on pouvait voir, les jours de grands décolletés, un signe chinois dont elle ignorait le sens mais qu’elle aimait bien flatter du bout des doigts quand on lui parlait.

Chaque jour, le patron entrait dans le cubicule d’un laideron en l’enjoignant de le suivre : «Inutile de fermer ton ordi, on s’en chargera», puis on ne revoyait jamais le lézard. Les tronches hideuses tombaient une à une, remplacées par un éphèbe digne d’Occupation double. Jour après jour, le bureau gagnait en jeunesse et en beauté. Je me suis surpris à sourire de plus en plus, à fraterniser avec mes nouveaux collègues, à blaguer avec mon patron. On jasait gym, jeux vidéo, cul de secrétaires. Je ne me souvenais pas d’avoir eu autant de plaisir et de fierté à faire partie d’une équipe de travail. Tout le monde semblait sortir d’une revue de mode. Moi qui avais toujours travaillé par nécessité, je me surprenais à avoir hâte de rentrer travailler, heureux d’œuvrer au sein de cette équipe de rêve dont la métamorphose m’apparaissait maintenant complète. J’avais peu de pensées et encore moins de sympathie pour toutes les limaces qui avaient hanté ma vie professionnelle jusqu’ici.

Puis ce matin, mon patron cogna à mon paravent en simulant un court solo de drum, m’invitant à prendre un café dans son bureau. Je me suis levé avec diligence. Mon sourire s’est figé quand il ajouta : «Inutile de fermer ton ordi, on s’en chargera».

dimanche 14 août 2011

Gaspésie blues


Ça arrive quelques fois dans une vie : on s’arrête, on se retourne et on se demande à quel moment notre vie a bifurqué, à quelle fourche elle a choisi d’aller à droite plutôt qu’à gauche.

Une telle prise de conscience m’a frappé en plein milieu de l’Atlantique, il y a huit ans, et cet été, alors que je marchais sur une grève gaspésienne. J’étais là, adossé aux Chic-Chocs, humant le large comme un chien ivre à la fenêtre côté passager, et je remontais les ronds-points de ma vie passée, essayant d’identifier chaque coup de volant que j’avais (ou pas) donné. Je me demandais quand j’avais conclu que ma vie serait montréalaise, quelle courbe j’avais manquée pour n’être jamais venu en Gaspésie avant.

D’accord, j’étais touriste, je n’ai pas eu le temps de voir les fils qui régissent les comédiens ni ces chauffards qui conduisent trop vite sur le rang Thivierge, une bière tiède entre les jambes. Mais la proportion de cons n’est certes pas meilleure ni pire qu’à Montréal.

N’empêche que j’étais là, les deux pieds dans une eau froide qui n’a plus de fleuve que le nom sur la carte, à remonter le temps jusqu’au delà de moi, avant mes parents, et encore un peu plus loin. Et bref, si aujourd’hui je ne vis pas en Gaspésie, c’est un peu à cause d’une amibe de l’ère tertiaire, et beaucoup à cause de moi.

lundi 27 juin 2011

En Diagonale

Je sirote mon café au comptoir près de la fenêtre. Mon stylo arrêté imbibe lentement la page de son encre pendant que je scrute la vie passer au coin de la Couronne et Charest, intersection que les gens du coin, contrairement aux touristes, traversent en diagonale pour sauver du temps. J’essaie de ne pas avoir l’air trop voyeur, mais il est si rare que je puisse regarder la vie passer sans craindre que le petit dernier ne mange ce qui traine par terre que je m'en fous un peu.

Je fais donc le voyeur. J'observe les gens déambuler et je note les points d’interrogation qui surgissent : Y a-t-il encore des filles de 30 ans sans tatouage? Pourquoi est-il correct pour une femme de se teindre les cheveux et pas pour un homme? Pourquoi cette dame aux cheveux raisin méprise-t-elle du regard ces ados aux cheveux bleus? Quelle est la différence entre les seins tombants de ce vieil homme en bedaine et ceux que sa femme doit garder cachés sous sa blouse fleurie?

Près de moi, un jeune qui pavane ses boxers de couleur louche, la ceinture de ses jeans en bas des fesses, me regarde écrire l’air de dire «Tu perds ton temps, crétin.» J’aurais le goût de lui répondre que ma ceinture, je la porte à la taille, et que j’ai écrit un livre à temps «perdu», moi monsieur...
Merde, méchante réplique de vieux con.

Et il me dirait quoi? Qu’écrire un livre ne prouve pas que je n’ai pas perdu mon temps?

Et que pourrais-je répondre?

Que... euh…

Wow. C'est rendu que même dans les discussions que j’invente, je n’ai plus le dernier mot.

J’ai perdu la main.

jeudi 9 juin 2011

Le temps qui ne passe pas.


Un soir, à l’école secondaire que je fréquentais, des retrouvailles ont eu lieu. Un tas d’adultes bedonnants, parfois chauves, souvent grisonnants, se sont rassemblés au son de la musique qu’ils écoutaient quand ils avaient mon âge. Plate comme je vous dis pas.

Je les regardais arriver au volant de leur grosse voiture en riant comme des enfants en cravate, incapable de voir en eux l’adolescent que j’étais. Ils se retrouvaient en se serrant chaleureusement la main, en se parlant comme s’ils s’étaient vus la veille, comme si 25 ans ne s’étaient pas écoulés depuis leurs derniers échanges, puis ils se parlaient de leurs enfants, de leur business, de leur divorce en s’échangeant des cartes d’affaire. Du haut de mes 16 ans, je ne pouvais voir le jour où ce serait mon tour. À cet âge, 30 ans est le troisième âge, alors 41…

Ces gens-là, ces dinosaures scolaires, avaient quitté l’école où j’allais en 1961. C’était en 1986. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts (et c’était à Saint-Jean-sur-Richelieu alors quand je dis beaucoup d’eau, c’est beaucoup d’eau). Il y a eu tous ces événements qui modèlent un être humain unique, qui ont fait de moi quelqu’un de différent de celui que j’étais.

Puis ce fut notre tour. Nos retrouvailles. 25 ans après la fin du secondaire. J’avais hâte sans trop savoir pourquoi. Pour revoir des amis perdus de vue depuis, pour voir ce qu’ils sont devenus, pour retrouver, en 2011, une bulle de 1986.

On s’était quittés à vélo, on s’est retrouvés en Dodge Caravan. Untel avait grossi comme ça se peut pas, l’autre avait perdu tous ses cheveux, cette autre était méconnaissable dans sa robe de matante, mais on se reconnaissait tous sans problème! Le même humour, les mêmes expressions, les mêmes goûts, les chiants étaient encore chiants, les drôles encore drôles. Rien n’avait changé, sinon l’enveloppe (et le chèque de paie). Dehors passaient des ados le regard rempli de cette certitude que jamais, jamais ils ne seraient aussi pathétiques que nous en ce moment.

Je nous ai regardés danser, balourds, sur Beds are Burning, comme si les 25 dernières années n’étaient jamais passées sur nos vies, et c’est là que j’ai eu un doute. Comment peut-on avoir vécu 25 ans sans changer pour la peine? Tout serait-il déjà dessiné à 16 ans? La chorégraphie se modifie, le rythme ralentit, mais les paroles de la chanson ne changeraient pas?

Ça me rassure et me donne le vertige en même temps.

mardi 7 juin 2011

Mitre et Réalité

Moi: «Regarde, c'est papa quand il avait 10 ans.»
Ma fille (5 ans): «Pourquoi tu es allé voir le cuisinier?»

mercredi 1 juin 2011

Silence Radio


- Blog control to captain Dan.
- ...

- Blog control to captain Dan. Ici Whitney Houston. Vous nous entendez? How will I know? *
- ...

***


Lors de la publication de mon recueil, le milieu du livre s’est ouvert à moi. Critiques, salons, entrevues, j’arrivais en courant et j’avais hâte à tout cela. On avait pris soin de me prévenir que la page n’était pas rose tous les jours pour les jeunauteurs, ce dont je me riais bien à l'époque (Ah! cette jeunesse insouciante!)

Les séances de signature – souvent des séances d’humilité, surtout quand on signe entre Marie Laberge et Dany Laferrière - et les quelques entrevues accordées furent généralement sympathiques – surtout celle avec Christine Lamer, femme charmante.

La déception est principalement venue de moi. Je me suis vite rendu compte que j’étais peu doué pour le «small talk» de signature de salon et un piètre interviewé : incapable de prévoir les questions (enfin, celle que je prévoyais n’étais jamais posées), je bafouillais des réponses un peu à côté de la plaque. Je me suis même surpris à m'écouter et à me dire : «mais que tu es ennuyant!!!» Bref, ce moi qui avais hâte aux entrevues, à la rencontre avec mes lecteurs, etc., ce moi là m’emmerdais profondément.

Le blog en a aussi pris pour son rhume. Bien malgré moi, l’édition du livre a marqué quelque chose comme la fin d’un cycle, comme si dès la première publication de 2004, l’objectif était le recueil. L'«objectif» atteint, d’autres projets auraient pu espérer un peu d’attention, mais le clavier ne me parlait plus. Je n'avais plus la touche.

Cependant, qui dit fin d’un cycle dit début d’un autre. Cet été, j’ai bien l’intention d’enfoncer les touches de force, de m’imposer des heures d’écriture entre les rénos de la salle de bain et ma quasi monoparentalité de juin (dame V. sera à l’extérieur de la ville pour une bonne partie du mois, me laissant seul avec flot et flotte).

***

- Blog control to captain Dan. Arrêtez de niaiser, captain Dan.
- Houston, ici captain Dan. Scusez. J'étais parti fumer une clope à l'extérieur. Mettez du bois dans la cheminée, je reviens chez nous.


***

Allez hop. Au boulot.

J’accepte vos dons de café, de gardiennage et de grilled cheese.

________________

* Cette blague, digne de mon ami Parick Dion, est dédiée aux vieux de 40 ans qui, comme moi, furent victimes des années 80.

mardi 1 mars 2011

Avec assurance

-       1 million ou 2?
-       1 ça devrait faire.
-       Franchise de 500$? 250$ Pas de franchise?
-       Je peux m’assurer sans franchise?
-      Oui. Mais c’est plus cher.
-       Pas si je peux vous raconter n'importe quoi, du genre j'ai 65 ans et je roule 50 km par année.
-       
-       Je rigole.
-       
-       Dans le sens de «sans franchise»…
-       
-       Dans le sens de «pas être franc»…
-       
-      Oui, bon. 500$
-       Et combien pour feu-vol-vandalisme?
-       Même affaire.
-       J’entre ces infos et je vous reviens.

(Note importante : quand un préposé vous met en attente de la sorte, il n’est pas rare qu’il puisse toujours vous entendre même si vous ne l’entendez pas. Un truc : Ne dites pas de méchancetés du genre «Quel idiot!» et faites semblant de parler à quelqu’un et dites tout bas à quel point vous avez un bon service et combien vous espérez payer de prime.
Exemple : (vous êtes en attente) Chérie?! Oui, je suis en attente, là. Le gars est parti calculer ma prime. Il est super fin!... L’autre compagnie m’a proposé 525$ (C’est faux, elle propose 580$, mais on est ratoureux). S'il me revient avec le même montant, je prends l’assurance avec lui.)

(attente…)

-       Monsieur Rondeau?
-       Oui?
-       J’ai calculé votre prime. Ce sera 598$. Mais vous mesurez combien, monsieur Rondeau?
-       1m72. Quand je me tiens droit.
-       Ça tombe bien, on offre justement un rabais de 75$ aux jeunes parents qui mesurent entre 1m70 et 1m75. Ça vous fait donc une prime de (il doit bien sûr faire l’équation à la calculette)… 523$.

(Qu’est-ce que je vous avais dit!?! In your face, assureur!)

-       Super! Je prends.
-       Vous préférez payer à tempérament?
-       Dois-je faire un test psychologique?
-       
-       Je rigole…
-       
-       pour évaluer mon tempérament…
-       
-       
-       
-       Oui, bon. Par tempérament.
-       Je m'assure du calcul final et je vous reviens.

     Chérie! J'ai pogné un méchant gars plate!

     (attente…)

-       Bon. Monsieur Rondeau? Vous m'avez dit que vous mesuriez 1m72, n'est-ce pas?
-       Oui.
-       C'est plate. Je me suis trompé. Le rabais s'adresse aux gens d'1m73 et plus...

vendredi 18 février 2011

Chacun son matin


Version du public

9h15     Le prof gare sa Volvo (vieux modèle, mais Volvo pareil) entre une BMW et une Audi sur une place de stationnement réservée;

9h17     Une collègue est debout près de son bureau. Elle sirote son café. Elle ne l’a pas attendu et elle parle toute seule depuis un moment de ses projets de vacances en repoussant d’un vague geste de la main les étudiants qui s’aventurent jusqu’au département;

10h18     Le prof ouvre la porte de son bureau, accroche son manteau et replace une à une les piles de feuilles sur son bureau en les tapotant un même nombre de fois chaque côté, compte les munitions de son pousse-mine et aligne ses 3 stylos rouges. Une fois cela fait, il contemple sa surface de travail en soupirant de satisfaction. 2 fois;

10h32     Il sirote son café (les profs sirotent beaucoup) et il sort un en-cas de son tiroir en écoutant «Par 4 Chemins» en baladodiffusion.


Version du prof

9h15     Je dois me garer entre une BMW et une Audi (qui appartiennent à des étudiants) au fond du stationnement et marcher 10 minutes sous la pluie pour me rendre à mon bureau;

9h17     3 étudiants m’attendent avec des questions (peu pertinentes) sur le devoir à remettre au cours de 13h.

9h18     J’ouvre mon bureau et en y entrant, je marche sur quelques travaux d’étudiants glissés sous la porte;

9h19     Je vais me chercher un café que je boirai à moitié en répondant à 3 courriels et en ignorant le téléphone qui sonne sans cesse.


La version réelle importe peu, je dirais.

mercredi 26 janvier 2011

De rien.

Mercredi. Journée sans collège, à ma mesure. Brubeck en prend 5 pendant que je sirote mon double. Connexion à 100, pile à 89, fonte à 10. La facture ne devrait pas dépasser les 6 $ et quand je sortirai, la neige qui tombe depuis ce matin fera à peine 2 ou 3 centimètres au sol. Et encore, c’est parce que les flocons sont tout gonflés de froid, comme ces coqs trop petits qui roulent exagérément du muscle pour intimider.

***

À la table d’à côté, un papa fait des blagues à sa fille atteinte de trisomie. Il faut voir tout l’amour qu’il a dans les yeux quand il la regarde…
Elle rit de bon cœur à mes grimaces.
On ne part pas tous sur la même ligne. Certains ne sont même pas dans la course. Et ils sourient plus que la plupart des autres qui courent, qui courent…

***

À un coin de rue de chez moi, un homme s’est pris une balle de policier la nuit dernière. Il a trop roulé de la mécanique. C’est le radio qui nous l’a appris, à ma fille et moi, alors que nous roulions doucement près des voitures de police sur le chemin de la garderie.
«C’est lui qui avait volé ton vélo, papa?»
Je rame un peu, elle réfléchit beaucoup.
«Il faut pas tuer les gens, hein papa? Même les voleurs?»
Ça en fera au moins une qui ne votera pas pour Harper cette année.

jeudi 13 janvier 2011

La nature est lente, mais le cueilleur est patient

Comme pour l'évolution de l'Homme, dans la vie amoureuse, il a des chasseurs et il y a des cueilleurs.

Généralement, le femmes préfèrent le charme, le bagou, les phéromones des chasseurs. Normal, ce sont là leurs appâts. 

Certains diront par paresse, je dirais par stratégie, je suis un cueilleur. Don Draper ne peut toutes les conquérir, et pendant qu'il astique ses charmes, je bois tranquille en rigolant.

jeudi 6 janvier 2011

Résolutions 2011 : Plus de faces, plus de «books» (aux 2 extrémités de la production), moins des 2 en même temps.

Premier «café au café» de l’année. 1 heure pour écrire sais pas quoi. Ça fait une éternité que j’ai pas fait ça.

Je suis au comptoir. Le service est toujours aussi n’importe quoi ici. Tu commandes 2 trucs, ils en oublient un à coup sûr. J’ai commandé en me demandant bien lequel du café ou du bagel ils oublieraient. J’ai parié sur la pâte.

Dans les haut-parleurs, Patrick Bruel me donne rendez-vous dans 10 ans, même jour, même heure, même port. Pourquoi ne fait-on pas plus souvent ce genre de rendez-vous? Le nombre de bons amis perdus que je retrouverais. Remarquez que j’en ai retrouvé quelques-uns avec Facebook. On a échangé quelques messages puis plus rien. Y en a bien 2 ou 3 qui semblent être restés trippants. Quelques uns aussi qui ont l’air de l’être devenus. Les autres? C’était des amis Facebook alors qu’Internet n’existait même pas, alors…

J’ai déjà bu la moitié de mon café et je n’ai pas encore vu la couleur du bagel. Encore 5 minutes et j’ai gagné mon pari.

J’ai des amis qui n’ont pas de compte Facebook ou Twitter. Ils prétendent qu’on ne peut rien dire en quelques mots (140 caractères sur Twitter). S’ils savaient. J’ai un «ami» qui a trois messages : «Beurk c lundi…», «C’est le nombril de la semaine, on lâche pas gang!» et «Yé! vendredi!!!» Il se répète chaque semaine. On pourrait croire qu’en effet, il ne dit rien. Moi je trouve que ça en dit beaucoup.

J’l’ai flushé.

Bon, ok, pas de bagel. Gagné. J’avais pas faim de toute manière.

J’vais aller l’écrire sur Twitter.

jeudi 25 novembre 2010

mardi 23 novembre 2010

Du Salon au boudoir...


Quand je suis entré au salon du livre de Montréal, je n'ai pu m’empêcher de m’extasier : il se publie tout ÇA?! Je retrouvais foi en l’humanité: que de nourriture pour l’esprit! Puis en marchant vers le stand de Septentrion pour ma séance de dédicace, je regardais les titres offerts. Il y avait tant de marchands de rêves(!), de pensée magique, d’anges, tant de guides de nutrition selon le signe astrologique de son chien, tant de gourous s'épanchant sur les bienfaits de l’épanouissement lombaire, tant de livres de recettes de grill cheeses des vedettes de l’heure que je me suis vraiment demandé comment le monde pouvait aller si mal, guidés par autant de chefs. Arrivé au stand de mon éditeur, je n’ai pu m’empêcher de répéter, un peu déçu cette fois : il se publie tout ÇA? La place Bonaventure est un immense espace que le salon du livre de Montréal s'applique à remplir. L’humain à horreur du vide, sauf s’il se monnaye.

**

Assis derrière ma table pour une séance de dédicace, je regardais passer le défilé de visiteurs du salon. J’essayais de conserver intact l’éclat de mon sourire, mais quelque chose s’usait. Jusqu’à ce qu’une dame me dévoile son affection particulière pour mon livre, que cette autre lectrice (oui, le lecteur est habituellement une lectrice) m’avoue avoir fait plusieurs centaines de kilomètres avec mon livre pour que je le dédicace, que ce gars, qui ne savait même pas que mon livre existait cinq minutes auparavant, décide de l’acheter…

À toutes ces personnes et à toutes les autres qui sont venues me voir ou qui voulaient juste lire le 4e de couverture de mon livre au milieu de tout ÇA, merci de vous être arrêtées!

mardi 16 novembre 2010

Pas tous les jours...

Mon premier Salon du livre de Montréal arrive!
Sera-ce mon seul? Je travaillerai fort pour que ça ne soit pas le cas, mais d'un coup que, ce serait plate de se manquer!

Je sourirai aux visiteurs au stand du Septentrion (chez Dimédia, #412):


le jeudi 18, de 19h à 20h30;
le vendredi 19, de 13h à 14h30;
le samedi 20, de 18h à 19h;
le dimanche 21, de 13h à 14h.

Venez! Ce serait bien plééésant de vouzyvouère!


Et vous voir fera changement de tous ces gens qui se demandent où peut bien être ce formidââble livre sur les anges...
Au paradis du prémâché, monsieur.

mardi 9 novembre 2010

Petit matin de parents

Pas à dire: le «terrible two», ça redéfinit l'idée que vous aviez du déjeuner avec bacon.

jeudi 21 octobre 2010

Rebrousser paupières


50 mètres après la courbe que tu empruntes chaque jour depuis 10 ans, près de la ligne double, il y a un nid de poule; il te faut garder la voiture sur la droite pour ne pas avoir à te payer de nouveaux amortisseurs. Tu colles la droite avant même de sortir de la courbe, sans ralentir, sans y penser, sans attendre de voir le trou. Tant pis pour la marmotte ou l’improbable col bleu occupé à le reboucher. Tu as la tête ailleurs; les routines permettent de penser à autres choses.

Si tu avais un cheval, il te conduirait seul là où tu vas, par habitude, te laissant à toi-même, mais tu ne peux pas te fier ni sur une bête ni sur personne. Tu deviens un être de règles, laissant à la répétition le soin de souffler lentement la flamme. Ta vie ressemble à ces exercices d’anglais où tu devais écrire dix phrases une sous l’autre. Tu finissais par les écrire à la verticale : Kick, Kick, Kick… the, the, the… ball, balll, ball… Tu finis avec un résultat d’usine, droit, parfait, couleur de plomb, sans avoir la moindre idée de ce que tu as pondu. Tu survis. Tu es en mode «économie d’énergie» pour faire durer la pile plus longtemps. Mais pourquoi? Pour combien de temps? Pour en faire quoi? Tu ne comptes plus les invitations refusées, d’abord par fatigue, puis par habitude. Les étudiants n’osent plus poser de questions, les collègues, soudainement silencieux, passent devant ta porte sans s’arrêter, le téléphone ne sonne plus, sinon pour parler à Gilles. Tu ne connais pas de Gilles.

Faire la vaisselle te pèse, la télé est lourde et tu te couches en petite boule sans toucher ton amoureuse qui dort déjà depuis quelques minutes, voire des heures, des mois peut-être.

Puis il y a cet ami qui met tout son poids au bout d’une corde, qui te secoue, qui enviait peut-être la vie que tu salopes allègrement sans t’en rendre compte. C’est la main sur le vernis de son cercueil que tu ouvres les yeux, que tu t’obliges à observer la route avant de te ramasser un orignal en plein front. La vie est plus belle quand on la regarde.

vendredi 8 octobre 2010

Attention, je vous écoute...

Désirant me consoler de m'avoir infligé quelques défaites de suite au billard:
«Mais dis-toi que tu as perdu par défaite.»
Isabelle Toussaint

Merci, je me sens mieux. Menfin, disons.

mardi 28 septembre 2010

Au Salon du royaume

La dernière (et seule) fois où j'ai mis les pieds au royaume, j'étais dans les cadets de l'air, en camp d'été, à la base militaire de Bagotville. Je n'ai goûté du lac Saint-Jean que des «ration packs» datant de la guerre de Corée, je n'ai senti qu'un bout de forêt sous mes bottes noires, et je n'ai vu qu'un coin de ciel parsemé de Voodoo qu'on regardait s'envoler au couchant, au garde à vous, au son de trois trompettes qui jouaient approximativement le Ô Canada... 


Du lac (et des cadets), je suis revenu profondément antimilitariste et souverainiste, mais tout n'est pas perdu; j'ai retenu comment plier le coin des couvertures, comment «spitter» des bottes et faire un noeud de cravate en chantant des chansons idiotes.


Dans quelques jours, je retournerai dans ce coin de pays. En civil. Plus précisément, j'irai faire un tour au salon du livre du Saguenay - Lac Saint-Jean.


Je serai en entrevue à la Place des Médias vendredi à 14h30, et je serai en séance de dédicaces le vendredi 1er octobre de 19h à 20h et le samedi 2 de 13h30 à 15h.


Si l'envie de venir me faire un petit coucou vous prenait, ça me ferait plaisir!

mardi 21 septembre 2010

Aphorisme

L'homme, tout comme sa douce, vieillit, et il se console comme il le peut de cette usure qui lentement le ronge. Combien ont entendu qu'à quarante ans, on est mieux que jamais dans notre peau?
Normal. Elle est de moins en moins serrée...

jeudi 16 septembre 2010

Christophe

Tu avais le sourire narquois, léger, les yeux rieurs, moqueurs. Tu étais brillant et attentionné. Tu avais ce charme des brutes au regard doux qui nous rendait tous un peu jaloux, jusqu'à ce qu'on apprenne ce qui se cachait derrière.
On t'appelait Chris, Cricri, Totof. Je te surnommais Tof. Autour de la table de notre poker hebdomadaire, ce surnom t'allait comme un gant. Je n'aurais pas cru être si loin de la vérité dans ta vie de tous les jours.
Debout devant ton cercueil, près d'une photo de toi un peu plus grande que nature, j'aurais voulu, juste pour toi, croire en Dieu, croire en un au-delà où je pourrais un jour me rasseoir à tes côtés, le temps d'un verre et d'une partie de poker, question de te détester encore un peu, de me demander comment tu fais, vieux bougre, pour lire si bien dans le jeu des autres, pour laisser si peu d'indices sur le tien.
D'ailleurs, comment as-tu fait?
Même dans tes clins d'oeil rieurs alors que tu ramassais les mises, je ne pouvais savoir si tu m'avais bluffé. Maintenant, je sais que oui. Salaud.
Tu sais que depuis une semaine, tous les gars du «bunker» jouent leur jeu ouvert? Que grâce à toi, on s'est juré des trucs inimaginables jusqu'ici? Qu'on a pleuré dans les bras les uns les autres?
Tu t'es couché avec la meilleure main, Tof, ce qui n'arrivait jamais dans notre tripot, ce qui n'aurais jamais dû arriver. 
Je te déteste encore un peu aujourd'hui, une semaine plus tard. C'est la troisième phase du deuil, à ce qu'il paraît. Ce soir, demain, dans un an, la tristesse. Un jour, j'arriverai à l'acceptation. Ce n'est pas que j'y tienne tant que ça.
Repose-toi bien, Tof. Tu nous manqueras plus que tu ne le croyais.

mardi 31 août 2010

Vieux Mégot

J'attends l'autobus en regardant le temps passer. Près de moi, un jeune tente de tirer ce qu'il reste de nicotine d'un bout de cigarette qui ne lui dépasse pas des doigts. Ses aspirations sont vaines. D'une chiquenaude, il l'envoie au centre d'une rue qui a l'habitude de recevoir des mégots plus longs, du moins c'est ce que laisse croire l'opulence des maisons du quartier.

Une voiture ralentit à peine pour faire son arrêt obligatoire. À bord, une jolie jeune fille aux longs cheveux blonds, peut-être une de mes futures étudiantes, est assise près d'un homme que j'imagine être son père à voir la gueule qu'elle lui fait. Je me dis que l'âge de cette dernière tranche drôlement, près de ce vieux grisonnant. Je souris. Puis je soustrais l'âge de la fille du mien. La voiture a depuis longtemps disparu de mon champ de vision quand je ramène mon regard à mes pieds. Dans la rue, le mégot a cessé de fumer.

Je regarde l'heure. L'autobus n'arrive pas. J'arriverai à la maison plus tard que d'habitude ce soir.

jeudi 12 août 2010

Pluie, pluie, jolie pluie (air connu)

La routine matinale de Dame V. débute invariablement par une lecture attentive de la boule de cristal des météorologues de Météo Média. Pour une raison que j'ignore, leur manque d'acuité au delà des 12 prochaines heures me rassure. Je ne regarde donc jamais leurs prédictions, me contentant des comptes rendus que me sert ma douce par dessus le café, comptes rendus que je sale chaque fois. Alors, quand elle m'a dit, le ton en deuil, qu'ils annonçaient pluie, orage et temps frais pour notre semaine en camping en montagne, j'ai répondu «On verra bien.»
Et on a bien vu.
Orages soudains, vents frais, pluie quotidienne et nuits d'octobre nous ont accueillis les bras ouverts. Il y a quelques années, on aurait fait contre mauvaise fortune bon coeur, on aurait lu, on aurait sorti le Scrabble et le Boggle, on aurait joué à la pétanque dans nos sacs de couchage (l'aire de jeu est moins grande mais l'objectif reste le même: la boule la plus près du cochonnet marque un point…) mais c'était avant les enfants, et cette fois, le plus jeune se tient à peine debout. Alors se lever chaque matin sur un terrain boueux, près d'un lac à l'eau constamment rafraîchie par le déluge de la nuit précédente n'aidait pas à trouver les journées courtes.
Comment faire comprendre à un enfant d'un an qu'il ne peut passer une semaine à 4 pattes dans la boue? Comment lui expliquer qu'il peut jouer sur la plage mais pas dans le lac quand il fait froid? Comment lui faire comprendre qu'on ne peut mettre tout ce qu'il trouve dans sa bouche (un tamia rayé, passe encore, mais je ne suis pas spécialiste des champignons…) Comment expliquer à une fillette terrorisée par toutes (toutes!) les bêtes à 4 pattes qu'une mouffette ne passe pas son temps à pisser sur les campeurs, qu'un raton laveur ne nous grignote pas les pieds, et qu'on peut rester assis près du feu même si ces bêtes là se promènent dans le bois autour? Comment leur faire comprendre que se réveiller la nuit et de ne pas voir sa main tant il fait noir, c'est normal?
Mais bon, je grogne, je grogne, mais il a fait beau. Vers 10h, le matin du troisième jour. Ma fille et moi nous sommes précipités au lac pour louer une embarcation pour profiter des rayons sur l'onde. À ma grande surprise (lire déception!), ma fille choisit le pédalo alors qu'hier encore elle voulait le canot. Je laisse mon permis de conduire (je crois que j'ai le permis nécessaire pour les pédalos de moins de 500 kilos) au comptoir de location, je paye le prix (exorbitant) pour une heure de location (misère… une heure!), on grimpe sur le quai et… il se met à pleuvoir. On attendra 20 minutes que le nuage passe, puis on s'installe pour pédaler. Ma fille trépigne de joie puis se tait. Après 3 minutes de silence, elle me dit: «Je suis tannée…» On s'entendait, je commençais à l'être aussi.
Le froid de la nuit suivante et les nouvelles (mais identiques) prévisions météo ont eu raison du peu d'entrain qu'il nous restait, Dame V et moi. On a plié bagage.
Revenus à la maison, la vie nous a paru d'une simplicité sans nom. Depuis notre retour, les sourires sont détendus, les blagues fusent, on invite des amis à manger.
Pas à dire, les vacances, ça repose.

dimanche 8 août 2010

En attendant que je vous raconte nos beeeeeeeelles vacances en camping...

Les enfants font plusieurs jeux de mots, souvent par ignorance du mot juste, parfois à leur insu. Puis tout à coup...

Alors que son petit frère l'embête par une présence disons... importune, Romane me regarde et le décrit en riant:
«Clovis est un envahi-frère!»



Je sais, je l'ai déjà dit, c'est ma fille! J'en suis pas peu fier!

vendredi 16 juillet 2010

C'est vraiment ma fille!

Dans la cour arrière, je souffle des bulles de savon et ma fille court ses 4 ans dans tous les sens pour les crever. Elle pouffe, elle glousse, hilare, et à chaque bulle qu'elle touche, elle lui crie «Éclate!»

Puis entre deux rires, elle lance:
- Éclate de rire!

C'est MA fille!

mercredi 14 juillet 2010

Attention, je vous écoute...

Alors que nous croisons deux personnes discutant en espagnol, ma fille me demande:
«Ils parlent avec quelle voix?»

Romane, 4 ans.

dimanche 11 juillet 2010

Par le mauvais bout de la lorgnette

Il y a ce gars atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, qui fait des bruits de gorge sans cesse, comme si toute sa vie, il digérait une énorme pizza. Entre ses éructations, il engueule une vieille femme l'accompagnant, femme qui doit être sa mère et qui en a visiblement honte. Puis il y a ce quinquagénaire qui raconte la bataille de chats qui l'a amené, bras enflé, à attendre ici. Et cet autre qui raconte à tous que sa femme l'a laissé seul avec ses 3 enfants après qu'il ait construit de ses mains leur maison de 39' de large par 45' d'épais (sic!) (Je doute qu'il n'ait jamais constaté que la prémisse à ses malheurs faisait une allusion à la Grande Guerre! Je n'ai pas osé lui demander si le cabanon mesurait 14' par 18'…) Et il y a cette famille de 12 accompagnant un des leurs - personne à part eux ne sait lequel - avec repas du resto et bonne humeur. Et cette trop jeune maman avec ce trop jeune bébé, et cette trop vieille dame, seule et confuse, et ce petit homme qui a visiblement passé sa vie à trop fumer et pour qui l'heure des comptes semblent être arrivée, et cette fille de Pinel, chevilles entravées et poignets attachés à la ceinture, entourée de deux sinistres aux bras gros comme mes cuisses. Tout ce monde, espérant avoir gagné la pôle position au triage, soupire dans l'attente au milieu d'un incessant ballet de civières, d'ambulances, de chaises roulantes, de petits sacs emplis de liquides au bout de poteaux à roulettes. Et il y a nous, avec notre plus jeune qui émerge de convulsions fiévreuses un peu paniquantes.


On a passé une nuit à l'urgence d'un hôpital à regarder l'espèce humaine par le mauvais bout de la lorgnette, une nuit à mesurer les détresses respectives, à jauger les malheurs invisibles, à se dire que finalement, pourquoi se plaint-on?...


Une nuit à flatter la tête somnolente de son fils, à l'assurer que tout ira, qu'on est là, et qu'à voir assis près de nous des parents qui accompagnent leur enfant de 22 ans, on le sera pour longtemps.

mardi 29 juin 2010

Comment ils font?

Comme d'aucuns le savent, 92% des billets écrits par les blogueurs sur la grande toile prient les lecteurs d'excuser une production famélique, comme si les blogueurs devaient quoi que ce soit à leur lectorat. Ou bedon ils tentent de trouver l'inspiration en parlant de leur manque d'inspiration. Oui, ce manque peut mener à des textes intéressants, bien que pas tous, comme en font fois les «Qu'est-ce que tu veux qu'un chanteur chante?» de Claude je-coupe-la-file et «écris-moi des mots qui sonnent; écris-moi des lignes qui swiguent comm’ du Sting (ça c'est de la rime!); qui sonnent comm’ du Jackson (houuuuuu!)» du frisé aux lunettes fumées. Voici pourquoi je préfère souvent me taire.


Mais je m'égare, car mon silence n'est pas causé par un manque d'inspiration mais bien de temps.


Pourtant je suis à la maison à temps plein depuis 2 mois, seul avec le plus jeune des héritiers (la plus vieille va à la garderie causer princesses et «paille de maine - piouuuu! piouuu, les toiles d'araignées...» et Dame V. va gagner le beurre et la croûte et la mie). Alors, pourquoi n'écris-je pas? Il n'a qu'un an après tout, ce bébé, il fait des siestes, il ne parle pas, il ne marche même pas encore…


Dès avril, je m'étais fixé comme objectif de faire le ménage d'une pièce par jour et de prendre le café avec les amis quelques fois par semaine. Puis j'ai révisé l'objectif à une pièce et un café par semaine. Puis… Aujourd'hui, je marche sur les céréales molles pieds nus sans sourciller et quand un ami appelle, j'ai trop mal au dos pour aller répondre et je préfère rester assis sur le plancher au milieu des blocs et des couches sales. Il me reste les soirées, après 20h30, quand la maison devient silencieuse. J'ouvre alors le fichier «ZeRoman» et le temps de m'y replonger, mon cerveau supplie pour une tonalité fixe.


Comment ils font tous les autres? Ceux qui écrivent des romans malgré leur progéniture? Comment ils font, tous ces Véronique-et-Louis de ce monde pour avoir une vie créative et familiale et sociale? La mienne se résume habituellement à Facebook où je lis les petites pensées de mes amis… Mais il ne faut pas que j'y passe trop de temps, car chaque fois que l'un d'eux écrit «je m'emmerde» ou «petite soirée plate à ne rien faire», j'ai des envies d'étranglement.


On me souffle que tout cela passe, que plus les enfants vieillissent, plus les parents ont d'espace. Mais je soupçonne que ce soit une promesse pour me faire tenir le coup, qu'arrivé à la rivière, il n'y ait pas de pont.


J'exagère, je rigole, vous le savez bien. La preuve est que j'ai pris le temps d'écrire ce billet.


Et ç'a ne m'aura pris que 3 jours.

jeudi 10 juin 2010

La Solution beauté

Aux premières lueurs de l'aube, j'ai descendu l'escalier extérieur pour ramasser le journal du jour. En quatre ans, le camelot n'avait lancé son quotidien sur le balcon que deux fois. Je me suis juré, une fois de plus, de lui servir une leçon de baseball, mais comme je ne lui avais jamais laissé un sou de pourboire, je m'estimais encore chanceux de recevoir un journal sec, en un morceau.


Plus par habitude que par curiosité, j'ai levé les yeux vers l'énorme panneau publicitaire planté sur le toit du commerce d'en face. Voitures, unes d'hebdomadaires, albums de Noël, crèmes exfoliantes ou pilules supposées gonfler l'homme endormi en moi s'y succèdent au rythme des modes. Chaque mois, un différent slogan prémâché commence mes journées: Just do it, Bonne semaine, Parce que je le vaux bien, Le Dur de dur, tous interchangeables. Chaque matin, je lis les mots, regarde les images sans y penser, je baille et je remonte allumer la machine à café. Chaque matin, sauf ce matin.


Une fille m'y attendait. Une fille nue, de dos, qui se cache les seins avec les mains sans trop qu'on sache pourquoi puisqu'elle faisait dos à la caméra. Elle regardait de côté, présentant son profil gauche. J'ai scruté son nez, son œil, son menton, le galbe de ses seins, la courbure de ses hanches, le sourire de ses fesses. Autant de régions connues, de pays visités, de souvenirs brûlants. Le mannequin était Ophélie.


Ophélie, qui avait fait le conservatoire, qui s'était toujours plainte de ne pas avoir de rôle, s'était donc résignée, comme tant d'autres de son métier, à la publicité. Toutes ces années de pratiques, d'études, d'auditions, de textes par cœur, de personnages à habiter, d'auteurs à saisir, de cours de danse, de chant, de maintient, de pose de voix pour finalement offrir son corps au hachoir de Photoshop et ainsi ajouter sa viande à la boucherie de la surconsommation qu'elle dénonçait depuis toujours. Tout près de son sourire, le panneau clamait «La solution beauté». J'ai eu un petit rire niais, sans conviction.


Ophélie était là, devant mes yeux humides, déshabillée, de dos, pour vanter les vertus d'un quelconque shampooing qu'elle n'avait sans doute jamais utilisé, du moins du temps de nos fréquentations.


Elle avait 27 ans, j'en avais 350.


Je devais appeler au boulot pour signaler que je prévoyais être malade.


mercredi 9 juin 2010

Besoin d'attention

Une amie arrive chez moi. Après les bisous bisous, elle dit à ma fille:

- Bonjour Romane. Est-ce que tu viens me voir?

Romane reste un instant immobile, puis après sa courte réflexion, lance:

- Non. Je préfère aller faire caca.

Et elle court à la salle de bain.

mardi 25 mai 2010

Avoir tort avec assurance

Hervé, c'est le grand-père d'une de mes ex. Un bel homme dont la stature était aussi imposante que la voix, la prestance, l'assurance. Il a élevé ses sept enfants avec le même aplomb qu'il a mené, sa carrière durant, les employés sous sa gouverne à l'usine. Ses enfants avaient tout de même gardé un amour aussi immense qu'inconditionnel pour cet homme qui, tous les soirs, leur avait chanté en faussant une berceuse qu'ils rechantaient en choeur - en faussant aux mêmes endroits - à chaque Noël, sous les grands rires du grand homme.

De ses années manufacturières, Hervé avait gardé son ton autoritaire, ses jugements sans appel et des idées franchement anti-syndicales. C'est dire si on était peu faits pour s'entendre.

Pourtant.

Dès notre premier échange, une affection fraternelle s'était installée entre nous. Je me souviens très bien du silence familial lors d'une de mes premières interventions soulignant le bien fondé de l'arrivée de la plupart des syndicats ouvriers. Tout le monde se préparait à une décapitation en règle. Hervé m'avait regardé puis après quelques secondes de silence, m'avait lancé:

- T'as pas tort.

Le lien était noué.

Il répétait avec conviction sa maxime : «Vaut mieux avoir tort avec assurance que raison avec hésitation» et la mettait en pratique souvent, ce qui en faisait sourire plus d'un.

On s'est côtoyés avec un plaisir que je crois réciproque quelques années avant que je ne fasse une visite d'au revoir. Ce soir-là, Hervé s'était bercé plus fort que d'habitude et avait gardé le silence entre nos gorgées de bière. Il avait eu la coquetterie de ne pas enlever ses verres fumés. On s'était serré les épaules avant de fermer la porte, tous les deux sans mots. Jusque-là, je n'avais jamais cru qu'un jour, je perdrais un grand-père à cause d'une peine d'amour.

Ça m'a pris des années avant de trouver le courage d'aller le revoir. Ce n'était pourtant pas faute d'en avoir envie. Puis, le boulot, les amis, l'amour, les enfants, bref, la vie m'a étourdi, mais par personnes interposées, j'ai toujours su que j'étais le bienvenue chez lui. J'espérais bêtement aller lui présenter mes enfants cet été, jusqu'à ce que j'apprenne qu'il s'est écrasé d'un coup, ce matin, tel un chêne qui cède aux vents.

Quel con suis-je.

***

Hervé, tu m'as manqué ces dix dernières années. J'aurais tant aimé te revoir une dernière fois. Je m'en veux d'avoir tant de fois remis cette visite à plus tard. Tu vois, j'ai eu tort avec assurance.

Même si tu ne me l'as jamais chantée, ce soir, seul dans mon coeur, je chante «ta» version de cette berceuse:

Ferme tes jolis yeux

car les heures sont brèves

au pays merveilleux

au beau pays des rêves.

Ferme tes jolis yeux

car tout n'est que mensonge

le bonheur n'est qu'un songe.

Ferme tes jolis yeux.

vendredi 21 mai 2010

Aphorisme

Rêver de dormir ne serait pas une sorte de mise en abyme?

lundi 17 mai 2010

Aphorisme

Je n'ai rien contre Jésus. C'est son fan club qui m'inquiète.

vendredi 14 mai 2010

Attention, je vous écoute...

Un badaud tente désespérément de me faire la conversation alors que je marche rapidement. Derrière moi, il me lance, assez fort:
- On sait pas qui va gagner entre Boston et Philadelphie, hein?
- ...
Il poursuit, un peu pour lui-même:
- C'est un des deux, c'est sûr.

jeudi 13 mai 2010

Pour en finir avec le prix des libraires 2010

Il y a quelques jours, on a connu le titre récipiendaire du prix des libraires. Dany Laferrière et son Énigme du retour ont reçu les honneurs. Amplement mérités.

Mais depuis, plusieurs voix se sont élevées pour décrier ce choix. Chaque jour, je lis et entends des horreurs :
«on doit encourager la relève» (alors que le prix vise AUSSI à récompenser des auteurs établis);
«ce prix doit être différents des autres, ou dans le même ordre d'idées : ce choix est convenu» (bonjour l'indépendance);
«les autres livres sont bons aussi mais souffrent de compétitionner avec celui de Laferrière»;
«ce livre est déjà trop récompensé»;
«pour contester, je ne le lirai pas».
J'ai même entendu un «Mais cet auteur est-il seulement vraiment Québécois?» (sans commentaire)...

Misère.

Eh oui, le Laferrière est fort. Très fort. Excellent même. C'est triste pour les autres titres en lice, mais c'est comme ça.

«Ce livre est déjà trop récompensé. Il faut penser aux autres.»

Mais quel est donc cet argument?

C'est comme dire à un coureur olympique qu'il est trop médaillé.
«Tu sais, tu es arrivé premier à cette course de 400m. Comme tu as gagné le 100m et le 200m, on va donner la médaille d'or au 2e car il n'a pas encore reçu de médaille...»

Remettre un prix littéraire n'est pas faire de la social-démocratie. D'ailleurs, le faire serait enlever de la pertinence, de la justesse et de l'indépendance de jugement au prix littéraire en question.

Dany Laferrière et son Énigme du retour ont remporté plusieurs honneurs cette année, et ils sont tous mérités. C'est triste pour les autres bons - certains excellents, même - titres en lice, mais c'est comme ça.

Et ça n'empêche personne d'aller lire les autres auteurs dont les livres étaient de la compétition (c'est d'ailleurs un peu l'idée que Venise Landry exprime ici) . Depuis le temps que je m'occupe du prix des collégiens à mon cégep, je sais qu'il est parfois très bon de lire tous les titres en lice...

vendredi 7 mai 2010

Piqué

Ma fille est à peu près propre la nuit. Mais je préfère laisser un piqué sur son lit, parce que hep! changer des draps à 3h du matin, c'est pas mon activité préférée.

- Je vais t'aider, Papa.

Elle va de son bord du lit et étend du mieux qu'elle le peut le mètre carré salvateur.

- Voilà, dis-je satisfait.

- Mais papa! Il n'y a pas de piqué sous l'oreiller!

- Pas besoin.

- Ouiiiiiiiiii!!! Je VEUX!

Quiconque a tâté de ce genre de discussion avec un enfant voit venir le cul-de-sac. Je tente alors de lui prouver par l'exemple que l'emplacement du piqué sur le lit est stratégiquement choisi et ce, après des années d'expérience:

- Couche-toi sur le lit, tu vas voir que tu n'as pas besoin de piqué sous l'oreiller.

Ma fille s'exécute. Une fois qu'elle est couchée, je lui dis:

- Tu vois! Le piqué est sous tes fesses.

Elle me regarde, visiblement peu convaincue. Alors je continue:

- Si tu fais pipi cette nuit, où le pipi va couler?

Elle me lance un regard empli d'une totale incompréhension, et avec un ton qu'on réserve habituellement à un débile léger, elle me lance, les paumes en l'air:

- B'en... Dans la toilette!?

Et toc.
Impossible de répondre «Non, tu fais pipi dans le lit» sans discréditer des années d'enseignement.

- Euh... On joue avec tes nouvelles figurines de princesses?

mardi 27 avril 2010

Un jour, je serai critique littéraire

Dans un mauvais roman d'action, on peut dire que les personnages expirent plus qu'ils n'inspirent.

vendredi 23 avril 2010

Petit cadeau en ce lendemain du jour de la Terre

Constat 1 : Depuis quelques années, on s'acharne à se débarrasser des sacs de plastique à usage unique.

Constat 2 : En même temps, on m'incite très très fort à composter mes déchets organiques et d'en faire une sorte de fumier pour engraisser mon jardin.

Alors pourquoi exige-t-on que tous emballent chaque caca de Fido dans un de ces sacs? L'air de rien, on doit emballer individuellement des millions de «petits cadeaux» par jour en Amérique...

N'y aurait-il pas d'autres solutions?

mardi 20 avril 2010

Recrue de mai

Vous connaissez La Recrue?

Voici comment ils présentent leur projet:
«Comme le dit le titre du projet, il y a une Recrue par mois. L'équipe de La Recrue du mois choisit, en collégialité, les livres qui deviennent des Recrues (...) en tentant d'exprimer la diversité des publications sur la scène littéraire québécoise. Tous les 15 du mois, les collaborateurs publient leur commentaire.»

Bref, avec J'écris parce que je chante mal, je suis la recrue de mai!

Disons que mes ongles et moi attendons le 15 mai avec impatience.

mardi 13 avril 2010

Michel Chartrand 1916-2010

Après Falardeau, Chartrand. 2010 est dure avec nous. En cette époque du patron roi, du tout pour soi et des paradis fiscaux réservés aux nantis, malgré ses nombreux travers, sa grande gueule me manquera. Beaucoup.



Merci à Anne Archet pour la citation et la photo.


«Mets un paquet de piasses dans une forêt et ça ne mènera pas la pitoune au bord du chemin. Mets un paquet de piasses dans une mine et ça ne te donnera pas de cuivre. Ce ne sont pas les propriétaires d’entreprises qui coupent les arbres, qui creusent les mines, ce sont les travailleurs. Si ce n’était pas de leurs bras et de leur sueur, on n’aurait rien! Pourtant, on continue à les traiter comme des chiens. On les fait travailler comme des damnés, puis on les renvoie quand on n’en a plus besoin. L’autre jour, à la Fondation pour l’aide aux travailleurs et travailleuses accidentés, on a examiné le cas d’un mineur qui travaille comme un forcené depuis une dizaine d’années. Les maladies qu’il a maintenant, je gage que ça dépend de lui? S’il a mal aux bras, c’est parce qu’il s’est crossé de travers, je suppose? Pis s’il a mal aux poumons, c’est parce qu’il s’est endormi après avoir baisé et qu’il n’a pas pris le temps de se couvrir? C’est écœurant les maladies industrielles, c‘est écœurant! Moi, je suis scandalisé! Je suis humilié de voir que, dans mon pays, il y a encore des gens qui se font massacrer pour ensuite être mis au chômage. C’est une totale aberration! On gueule contre les assistés sociaux, mais qu’est-ce qu’on doit penser des compagnies qui se font financer à coups de millions par le gouvernement? Ce sont eux, les assistés sociaux!»

(Entrevue accordée au Voir en avril 1991.)


Et si au moins il nous avait légué, collectivement, une seule de ses couilles...