dimanche 30 décembre 2012

Repos

Hier soir, je regardais ce film où un enfant pagayait sur un lac désert, dont les rives étaient libres de tout chalet, comme ces lacs des Laurentides de mon enfance. Puis j’ai réalisé qu’il y avait longtemps que je n’avais vu ni entendu aucun humain. Ça me reposerait. 

Ce genre d'isolement devrait être un droit, voire une obligation annuelle. Quelques jours sans voir personne, ça calmerait bien des esprits. Au pire ça nous ferait des vacances d'André Pratte, ce qui n'est pas rien.

jeudi 4 octobre 2012

Lettre à mon enfant


Il y a quelque temps, Sophie Rondeau (aucun lien de parenté avec moi) m'a approché pour participer à la rédaction du collectif Lettre à mon enfant, un recueil d'une centaine de textes de personnalités connues (et d'autres beaucoup moins... comme moi!) qui ont comme point commun leur «parentitude». Je suis très heureux d'avoir participé à cet ouvrage, d'autant plus que les profits de sa vente seront versés à la Fondation du Docteur Julien. Je recopie ici mon texte écrit pour mon fils Clovis. En espérant que ça vous donne le goût de vous le procurer. (Entrée en matières très inspirée de celle de Patrick Dion. Merci Pat.)


Ta Main

Il est 2 heures du matin. Tu dors dans mes bras. Il y a ces dents qui percent tes gencives, qui taraudent ton sommeil et le mien par ricochet. Il y a, surtout, ta main dans la mienne.

Demain, il y aura ce patron qui soupirera quand je lui annoncerai mon absence et il y aura ta grande sœur qui t’enviera de rester à la maison.

Ensuite, il y aura un tas de surprises. Il y aura la vie.

Il y aura le carré de sable dans la cour, le soleil dans tes cheveux. Il y aura la tag dans le parc et nos jeux de cachette dans la maison.

Il y aura ta main qui quittera la mienne à ton entrée à l’école, ta joie de découvrir, tes amis qui t’attireront de plus en plus loin de la maison.

Il y aura des journées de maladie où je veillerai sur toi, où je passerai ma main sur ton front, où je te rassurerai. Il y aura ses heures d’inquiétude dans des salles d’attente, la main dans tes cheveux, à me demander ce qui t’afflige. Il y aura ton sourire le lendemain qui me fera un peu oublier tout ça.

Il y aura ton désir d’indépendance qui grandira jusqu’au jour où tu refuseras mes câlins. Il y aura tes yeux au ciel à chacune de mes paroles, ces bruits inintelligibles en guise de réponses à mes questions. Les mains dans les poches, tu trouveras mon regard lourd, ma présence lassante.

Il y aura des baisers volés et d’autres non désirés. Il y aura ce sentiment si grand que tu ne sauras par où le prendre. Il y aura malheureusement cet amour qui te laissera tomber, qui te déchirera. Il y aura surtout moi qui n’y pourrai rien. J’espère que tu seras assez fort pour surmonter tout cela.

Il y aura ces gens qui te feront croire qu’un homme ne doute pas, ne souffre pas, ne pleure pas. Ne les crois pas.

Il y aura peut-être cette lame qui tentera de te séduire, cette corde au plafond qui t’appellera comme elle appelle trop de gens. Souviens-toi alors qu’il y aura la main de tes amis, de ta sœur, de ta mère, la mienne. Tu trouveras l’image usée, mais je te jure qu’il y aura toujours du soleil après la pluie comme il y a eu ta mère après mes orages, comme il y a eu ta sœur, comme il y a eu toi.

Il y aura ton premier appartement, ton travail, tes projets. Il y aura des gens que tu laisseras tomber, à tort ou à raison. Ils te traiteront peut-être de tous les noms. Ne les écoute pas trop, juste un peu. On ne se rend pas toujours compte comme il est facile de devenir salaud*.

Il y aura ta vie qui te prendra à bras le corps, qui t’emmènera loin.

Il y aura ce temps que ta mère et moi aurons retrouvé, ce temps que tu n’auras plus pour nous. Et quand nous nous verrons, il y aura ton exaspération devant mes habitudes de petit vieux, mon discours que tu auras trop entendus, mes idées d’une autre époque.

Il y aura peut-être tes enfants dans lesquels je te reconnaitrai, tes nuits à les bercer qui me feront un peu rigoler. Il y aura tout cet amour que tu ne peux encore t’imaginer. Alors, il y aura peut-être quelques pardons pour toutes les fois où j’ai été un père inadéquat.

Au bout du chemin, du moins au bout du mien, j’ose espérer que tu veilleras sur moi. Il y aura alors ma main dans la tienne, dans ta petite menotte d’enfant que tu seras encore, toujours.

Il y aura tout cela. Mais il est 2 heures du matin et il y a toi qui dors enfin.


_____________________
* Merci Guillaume Vigneault pour cette ligne!

vendredi 17 août 2012

Chroniques de Péribonka - troisième partie

Mes enfants n'ont pas encore vu la mer, mais ils ont vu la plage de Vauvert, ce qui n'est pas loin (sans sarcasme aucun ici). Et pour faire vraiment côte est, il y a des restants de partys de la veille qui trainent ça et là, sans compter le brillant qui vient se baigner en roulant avec son Jeep jusqu'à 2 mètres de l'eau. Mais l'eau est plus chaude qu'à Old Orchard.

***

Partout où nous sommes allés, jamais nous ne nous sommes fait regarder de travers parce que nous avions des enfants. La grande bloque le chemin parce qu'elle est dans la lune? Le petit court partout? Il n'y a pas de problème là. Ici, avoir des enfants, c'est normal. Ça fait changement du plateau.

***

Au dépanneur barre oblique épicerie barre oblique station-service de Péribonka, on trouve pas mal de denrées, et si vos papilles ne sont pas trop exigeantes, pratiquement tout. On y trouve aussi le Devoir, pourtant introuvable du temps que j'habitais la pointe Saint-Charles. Ce n'est pas parce qu'on cultive la patate que...

***

On aurait dû prévoir un budget spécial pour les bleuets au chocolat des pères trappistes. On s'est limité à une boîte par jour. Dures, les vacances...

***

À la caisse du dépanneur barre oblique etc., les gens du coin commandent ce qu'ils veulent quand ils ne le trouvent pas en tablette. La caissière barre oblique commis barre oblique réceptionniste sort son stylo, prend en note la liste, le nom et le numéro de téléphone du client. Avant de raccrocher, elle promet que la commande arrivera le lendemain. La grosse épicerie n'est pourtant pas si loin, mais ici, le temps se prend. Et quand on regarde couler la Péribonka, le yogourt nature 2% peut bien attendre.

***

Quelques personnes nous disent de ne pas aller au zoo de Saint-Félicien parce qu'il n'y a pas de girafe ou d'éléphant. Il faut savoir que ce zoo se spécialise en animaux de la Boréalie, qui peuvent donc vivre à de telles latitudes. Je ne trippe pas zoos (mais bon, j'ai des enfants...) mais cette simple «spécialisation» tombe sous le sens et me rassure. Et à voir le nombre de petits qui y sont nés cet été (tigre, yack, ours, etc.), les animaux semblent s'y plaire. Nous aussi, on s'y est plu.

Plusieurs fois, dans les guides explicatifs, le zoo nous rappelle que l'Homme fait partie des espèces animales, qu'on fait partie de l'écosystème. On dit «Ben oui, 'eul sais» mais bon.

Dans le bâtiment à l'accueil, on y parle des Montagnais. On y voit une autochtone en habits traditionnels, et la même en robe d'aujourd'hui. C'est con, mais ça m'a frappé à quel point on voit toujours des plumes sur la tête des Amérindiens, comme si on leur refusait toute modernité.

***

Avant-dernière journée. Fête de (ma belle-)famille. On est sur le 8 rang de Sainte-Jeanne-d'Arc. On doit être une centaine. Les enfants courent partout, flattent les poneys, appellent les moutons. Quelques personnes de l'endroit portent le carré rouge.

En fin d'après-midi, je pars seul dans le champ, je filme juste pour me rejouer le chant des grillons une fois revenu en ville. Un peu d'espace en bouteille.

***

Au retour des vacances, ma belle-mère nous a préparé de la soupe aux gourganes. Je n'en avais jamais goûté. C'est un peu gris-brun, rien de très hop la vie. Mais j'ai beaucoup aimé. Je regrette de ne pas m'être arrêté dans un de ces rares restaurants-maisons qui en offraient. Avouons que la personne chargée de trouver les noms des aliments au menu des tables québécoises a dû échouer son cours de marketing (la semaine sur le nom de produit accrocheur): ragout, poutine, guédille, gourgane...

***

Bref, au lac Saint-Jean comme partout, il faut prendre le petit chemin à côté de la route principale, il faut s'arrêter au resto qui a l'air de rien, il faut surtout s'arrêter quand on trouve que c'est beau. Même parfois là où ce l'est moins.


samedi 11 août 2012

Chroniques de Péribonka - seconde partie

Trouver un bon restaurant à Dolbeau, sans guide local, est un peu difficile. Comme tout nous semblait du pareil au même, on énumère aux enfants les choix que l'on voit. Ils choisissent Mikes. Ça nous apprendra.

***

En apéro, mon plus jeune choisit un jus de pomme. Quelques minutes plus tard, la serveuse revient en nous disant (je cite): «Notre jus de pomme a des mottons». La serveuse est comme notre chalet : accueillante, chaleureuse, mais la finition est à revoir.

***

Aux supermarchés de Dolbeau et de Mistassini, en plein coeur du pays des «beleuets», en plein festival des «beleuets», les bleuets viennent des États-Unis. Des gens en achètent. Dans le stationnement, personne ne les attend pour les lapider. Nous sommes un peuple vraiment trop pacifique.

***

Au chalet, comme veilleuse pour les enfants, on laisse une faible lumière allumée dans la salle de bain. Une heure plus tard, des milliers d'insectes obstruent la petite fenêtre de la pièce, attirés par la lueur. Jamais je ne comprendrai cette attirance obsessionnelle. S'ils aiment tant la lumière, pourquoi ne deviennent-ils pas diurnes? Certains aiment se compliquer la vie.

Ça me rappelle qu'il y a longtemps que j'ai pris des nouvelles de certains amis.

***

Au lac Saint-Jean comme ailleurs, c'est quand on quitte la grande route qu'on découvre les plus beaux paysages. Mais parfois, il faut aimer la machinerie rouillée comme décoration de jardin.

***

On quitte la 169 pour entrer dans Sainte-Jeanne-d'Arc. Ce village a un peu d'Açores dans sa beauté surannée et de Finlande dans son isolement nordique. On se rend au 9e rang (à tout le moins à ce qu'il en reste) où, il y a longtemps, a grandi mon beau-père. De la maison de son enfance, de son école, des bâtiments de ferme ne subsiste rien, ni murs ni fondations. Le bois a repris ses droits partout. Il faut imaginer toute une vie au travers les descriptions qu'il nous fait. On marche jusqu'à une cascade où il se baignait jadis, en terres redevenues vierges. Silence. On est avant la colonie. On est Montagnais.

Les champs de mon enfance ont disparu sous un développement immobilier «homogène» en réponse à l'appel du toujours plus. Les siens sont redevenus ce qu'ils avaient toujours été et nous confirment que nous sommes bien peu. Il y a un je-ne-sais-quoi d'apaisant.

jeudi 9 août 2012

Chroniques de Péribonka - première partie

Je reviens d'une semaine de vacances au lac Saint-Jean. Péribonka, pour être précis. On y a loué un petit chalet face à la rivière, adossé à un champ de patates, sans télé ni Internet. Seule l'apparition des pancartes électorales sur les poteaux m'a rappelé l'actualité. J'avais oublié qu'il y aurait une campagne électorale. Des 2 campagnes, j'avais choisi la mienne.

***

Dès qu'on quitte Montréal, le nombre de Can-Am Spyder sillonnant les routes est impressionnant. L'intérêt pour cette moto à 3 roues m'intrigue. Pour l'ex-motard que je suis, l'idée de conduire ce véhicule me semble aussi palpitante que celle de pédaler sur ça doit l'être pour un cycliste. 

***

Pour s'y rendre, on doit traverser «le Parc», le parc des Laurentides. Près de 200 kilomètres de route en pleine forêt qu'un seul arrêt «civilisé» vient briser: l'Étape. Cette dernière se résume en fait à une station d'essence hors de prix et à un restaurant où l'on n'a pas risqué notre estomac. Dans l'immense stationnement de garnotte, un ramassis de gars en camisole et de filles aux cheveux «teindus» rouges, la cheville tatouée. J'étais l'étranger. Je me faisais vieux aussi.

***

Quand on sort du parc, la soudaine vue des terres déboisées et cultivées fait presque mal.

***

J'aime bien l'accent du lac. S'il était accompagné d'un expresso digne de ce nom, je crois que je pourrais l'adopter. Mais trouver un café digne de ce nom au pays du bleuet est un défi digne des sondes nasales (c'est comme ça qu'on dit «de la NASA», non?) sur Mars.

***

Alma. Il y a un Tim Horton's aux 2 coins de rue. Et chaque fois, il y a 5 voitures dans le stationnement et 16 autres en ligne pour le service au volant. Nous sommes loin du pays des Bixi. Nous, on se stationne chez McDo, on prend la météo par wi-fi sans descendre de la voiture, et on repart sans rien manger. À Rome, on fait comme les Romains, et au pays de la route, on s'offre le service à l'auto, mais pour Internet. Notre intégration n'est pas encore entière.

mercredi 18 avril 2012

Le Noeud de nos vies

Je suis vieux. La preuve? L’autre jour, quelqu’un m’a dit que j’avais l’air jeune. Je suis revenu souriant tout con à la maison, et j’ai répété à ma blonde : «la caissière m’a dit que…»
B’en c’est ça. Quand ça t’arrive et que ça te rend tout chose, c’est que t’es vieux.

Quand je remplis un sondage, je suis toujours un peu surpris de la boîte où je fais mon X à la question sur mon âge.

Après avoir retrouvé un ami du primaire ou du secondaire sur Facebook, je me pince quand je regarde ses photos. Il a l’air si vieux. Pas moi, bien sûr. Je suis le seul de ma génération qui a résisté au temps. Mais je ne dis rien. Je suis poli (d’ailleurs les jeunes ne savent plus ce que c’est, la politesse). J’écris à mes amis qu’ils ont l’air jeune mais je dois reculer un peu mon portable pour bien voir le bouton «J’aime» à l’écran.

Je m’approche lentement de cet âge où je deviendrai le marché cible de ces revues grises qui discutent de REER et combien il est trop tard pour y investir. Les banques sont un peu connes : elles parlent de REER aux vieux. C’est comme faire de la publicité de cigarettes à des cancéreux.

Je regarde les publicités de résidences pour personnes âgées d’un autre œil et je me dis que j’ai pas fini de ramollir. C’est quoi, ces noms pastel? Je vous jure, j’invente rien : Villa Le Bon Repos (éternel), la Résidence des Sages (le sénat?), Résidence Chenous (à côté de Chezeux), Résidence Cœur-à-tout (near the bridge), la Croisée des chemins (pas le choix mon vieux), la Mer Veille (pendant que le père d'or), le Domaine du confort (que du mou), la Maison du Nouvel Élan (on sent le swing), le Nid Douillet (pour les vieilles poules), la Villa des Chutes (Boum!), Accueil Doux Repos (pour une tendre sieste), la Villa de vos joies (et de tous vos plaisirs), Les Cœurs en or (sont fins fins), les Joies du foyer (pour madame Brossard de Brossard), La Berceuse d’or (fais dodo, Cola mon ti-vieux)… Bref, c’est le festival de l’amitié fleurie et de la sagesse blanchie. Soupir. Serge Grenier était aux Jardins d’amour. Il voulait s’enfuir par la fenêtre. Il a mal noué les draps et pouf! On a dit qu’il n’était plus très lucide. Et on opine.

Je ne sais pas pour vous, mais je vais de ce pas troquer mon logiciel Neuroactive pour un livre sur les nœuds. À mon âge, c’est un meilleur investissement que les REER.

mercredi 25 janvier 2012

Extrait du manuel des médecins spécialistes

« Le médecin spécialiste (MS), tel un Juif hassidique, est farouchement fermé au monde extérieur. Quand le patient entre dans son bureau, le MS ne se présentera jamais et évitera tout contact visuel. Il daignera répondre aux questions que si le patient insiste beaucoup, mais le fera par obligation avec un enthousiasme qui rappelle celui du douanier devant une file de vacanciers bruyants et bronzés. Un bon MS s’assure que durant toute la durée de la consultation, le patient n’oublie pas qu’il n’a pas le même statut ni n’appartient au même monde.  

« Malheureusement, dans un dessein purement mesquin, certains patients récalcitrants utiliseront le vocable "collègues" pour parler des médecins résidents ou, pire, des infirmières. Essayez de rester calmes. Le Collège des médecins travaille à rendre un tel affront passible d’emprisonnement. »

vendredi 18 novembre 2011

Nouvelle en 140 caractères

La Zone d’écriture de Radio-Canada a lancé un défi aux aficionados de Twitter : écrire une histoire sur leur compte en incluant le mot #temps. Maximum 140 caractères, espaces incluses (ou inclus, c'est comme vous voulez).

Si la participation n'avait pas été limitée à un seul texte (sic!) par personne, je crois que j'aurais passé ma journée à en écrire.

Voici ma particpation:


«Mon chien m’a léché les doigts quelque temps, puis j’ai soupiré. De mon index encore mouillé, j’ai appuyé sur la gâchette.»


En attendant le dévoilement du gagnant, allez lire les 5 finalistes.

samedi 12 novembre 2011

Karkwa diète

Bon. Je ne tiens pas tant que ça à partir le débat, mais je lance tout de même le questionnement suivant :

Pourquoi ne reproche-t-on jamais aux comédiens de jouer dans une publicité?

Pourquoi nous ne leur reprochons jamais de prêter ne serait-ce que leur voix à un commanditaire, même quand ce dernier va à l'encontre des valeurs profondes du comédien (je pense ici à un comédien bien connu pour ses valeurs écologiques - et en meilleure position financière que bien d'autres - qui a prêté sa voix à une marque de camions)?

Bref, pourquoi quand on arrive à la musique, on a l'impression que l'artiste vend son âme, alors qu'on est plus enclins à comprendre les motifs économiques de celui qui prête son corps et sa voix à un publicitaire? (et encore là, pas toujours: qui a reproché à Malajube son contrat avec Zellers?)

Mais bon. Personnellement - et ça ne règle rien au questionnement - je crois que Coca Cola fera vendre plus de Karkwa que Karkwa fera vendre de Coke diète. Et c'est tant mieux.

mercredi 9 novembre 2011

Aphorisme professoral

Après la correction de 10 mauvaises copies, le prof peut chialer. Avec l'expérience, il chiale de plus en plus tôt. C'est d'ailleurs ainsi qu'on reconnait le prof d'expérience: il chiale pendant ses vacances, en prévision de.

mardi 27 septembre 2011

École maternelle


Je me souviens de ma mère, debout sur le trottoir, qui me faisait bye-bye en souriant.

Je me souviens de cette petite école. Les Bouts-de-Choux. Les écoles maternelles, à l’instar des garderies, ont souvent un nom un peu con. J’y arrivais drôlement tôt, j’allais au vestiaire, je montais en classe. Tout cela était nouveau pour moi, tout comme ce tas d’enfants que les adultes identifiaient comme mes «amis» alors que je n’en connaissais aucun, sinon José et Serge, de nom, parce que ma mère répétait qu’elle avait croisé leur mère dans les cours prénataux. Mais ils étaient tout de même mes amis, même Tommy, le baveux qui avait terrorisé l’autobus dès le premier jour. Il avait déjà l’oreille percée et nous n’étions que dans les années 70.

Je me souviens de cette crainte sourde que j’avais au creux du ventre le soir venu, couché dans mon lit. Cette peur devant tant d‘inconnu, et ces matins où je pleurais un peu parce que je doutais pouvoir être à la hauteur.  Je me souviens de mes parents qui me rassuraient, qui m’assuraient que tout irait bien, que j’étais grand maintenant. Le pire c’est que je lisais dans leurs yeux qu’ils croyaient tout ce qu’ils disaient.

Je me souviens des grands que l’on voyait courir dans la cour de l’école primaire. Ils couraient vite, ils criaient fort, ils étaient presque des adultes, ils faisaient peur. 

Tout cela refait surface alors que je regarde ma fille partir le matin. Elle quitte un monde où elle est la plus grande pour aller dans un autre où elle est la plus petite, où elle ne connait personne et où on lui chante que tout le monde est son ami. Je la regarde marcher dans cet univers cruel qu’est celui des enfants en me disant qu’elle me glisse des mains, que je dois maintenant avoir confiance en elle, en son jugement, en sa force, en la vie.

Tout ira bien, elle est grande maintenant.

Je me regarde et je me souviens de ma mère sur le trottoir, dans la poussière de l’autobus, la main dans les airs, immobile un peu trop longtemps.

Je ne savais pas qu’elle avait pleuré.

dimanche 28 août 2011

La chanson du jour: Irène (The Cult)



«Hot sticky scenes, you know what I mean
Like a desert sun that burns my skin
I've been waiting for her for so long
Open the sky and let her come down

«Here comes Irène
Here comes Irène
Here she comes again
Here comes Irène»

mercredi 24 août 2011

Le Vilain Petit Canard


Je ne m’y habituais pas. Depuis le jour de mon arrivée dans cette entreprise, je les trouvais de plus en plus laids. Gros, vieux, flasques, cons, ennuyants et laids. La réceptionniste, le commis d’entrepôt, le comptable, le patron, tous semblaient ignorer la mode, le charme, la beauté. Même tapi derrière mes paravents grèges, je sentais leur laideur, et bien sûr, le temps n’arrangeait rien à l’affaire. Tous les matins, je me dépêchais d’entrer dans l’enclos qui me servait de bureau et j’allumais mon ordinateur pour ne pas avoir à socialiser avec un de ces monstres.

Je supportais leur vue avec peine depuis 10 ans quand un jeune investisseur acheta l’entreprise. Le nouveau patron n’avait que trois mots à la bouche : look, jeunesse et look.  Le bureau ne tarda pas à changer d’allure, à commencer par la réceptionniste. Le thon qui accueillait les clients depuis 10 ans fit place à une jeune fille aux cheveux longs, au sourire blanc de blanc et à la poitrine de taille impressionnante sur laquelle on pouvait voir, les jours de grands décolletés, un signe chinois dont elle ignorait le sens mais qu’elle aimait bien flatter du bout des doigts quand on lui parlait.

Chaque jour, le patron entrait dans le cubicule d’un laideron en l’enjoignant de le suivre : «Inutile de fermer ton ordi, on s’en chargera», puis on ne revoyait jamais le lézard. Les tronches hideuses tombaient une à une, remplacées par un éphèbe digne d’Occupation double. Jour après jour, le bureau gagnait en jeunesse et en beauté. Je me suis surpris à sourire de plus en plus, à fraterniser avec mes nouveaux collègues, à blaguer avec mon patron. On jasait gym, jeux vidéo, cul de secrétaires. Je ne me souvenais pas d’avoir eu autant de plaisir et de fierté à faire partie d’une équipe de travail. Tout le monde semblait sortir d’une revue de mode. Moi qui avais toujours travaillé par nécessité, je me surprenais à avoir hâte de rentrer travailler, heureux d’œuvrer au sein de cette équipe de rêve dont la métamorphose m’apparaissait maintenant complète. J’avais peu de pensées et encore moins de sympathie pour toutes les limaces qui avaient hanté ma vie professionnelle jusqu’ici.

Puis ce matin, mon patron cogna à mon paravent en simulant un court solo de drum, m’invitant à prendre un café dans son bureau. Je me suis levé avec diligence. Mon sourire s’est figé quand il ajouta : «Inutile de fermer ton ordi, on s’en chargera».

dimanche 14 août 2011

Gaspésie blues


Ça arrive quelques fois dans une vie : on s’arrête, on se retourne et on se demande à quel moment notre vie a bifurqué, à quelle fourche elle a choisi d’aller à droite plutôt qu’à gauche.

Une telle prise de conscience m’a frappé en plein milieu de l’Atlantique, il y a huit ans, et cet été, alors que je marchais sur une grève gaspésienne. J’étais là, adossé aux Chic-Chocs, humant le large comme un chien ivre à la fenêtre côté passager, et je remontais les ronds-points de ma vie passée, essayant d’identifier chaque coup de volant que j’avais (ou pas) donné. Je me demandais quand j’avais conclu que ma vie serait montréalaise, quelle courbe j’avais manquée pour n’être jamais venu en Gaspésie avant.

D’accord, j’étais touriste, je n’ai pas eu le temps de voir les fils qui régissent les comédiens ni ces chauffards qui conduisent trop vite sur le rang Thivierge, une bière tiède entre les jambes. Mais la proportion de cons n’est certes pas meilleure ni pire qu’à Montréal.

N’empêche que j’étais là, les deux pieds dans une eau froide qui n’a plus de fleuve que le nom sur la carte, à remonter le temps jusqu’au delà de moi, avant mes parents, et encore un peu plus loin. Et bref, si aujourd’hui je ne vis pas en Gaspésie, c’est un peu à cause d’une amibe de l’ère tertiaire, et beaucoup à cause de moi.

lundi 27 juin 2011

En Diagonale

Je sirote mon café au comptoir près de la fenêtre. Mon stylo arrêté imbibe lentement la page de son encre pendant que je scrute la vie passer au coin de la Couronne et Charest, intersection que les gens du coin, contrairement aux touristes, traversent en diagonale pour sauver du temps. J’essaie de ne pas avoir l’air trop voyeur, mais il est si rare que je puisse regarder la vie passer sans craindre que le petit dernier ne mange ce qui traine par terre que je m'en fous un peu.

Je fais donc le voyeur. J'observe les gens déambuler et je note les points d’interrogation qui surgissent : Y a-t-il encore des filles de 30 ans sans tatouage? Pourquoi est-il correct pour une femme de se teindre les cheveux et pas pour un homme? Pourquoi cette dame aux cheveux raisin méprise-t-elle du regard ces ados aux cheveux bleus? Quelle est la différence entre les seins tombants de ce vieil homme en bedaine et ceux que sa femme doit garder cachés sous sa blouse fleurie?

Près de moi, un jeune qui pavane ses boxers de couleur louche, la ceinture de ses jeans en bas des fesses, me regarde écrire l’air de dire «Tu perds ton temps, crétin.» J’aurais le goût de lui répondre que ma ceinture, je la porte à la taille, et que j’ai écrit un livre à temps «perdu», moi monsieur...
Merde, méchante réplique de vieux con.

Et il me dirait quoi? Qu’écrire un livre ne prouve pas que je n’ai pas perdu mon temps?

Et que pourrais-je répondre?

Que... euh…

Wow. C'est rendu que même dans les discussions que j’invente, je n’ai plus le dernier mot.

J’ai perdu la main.

jeudi 9 juin 2011

Le temps qui ne passe pas.


Un soir, à l’école secondaire que je fréquentais, des retrouvailles ont eu lieu. Un tas d’adultes bedonnants, parfois chauves, souvent grisonnants, se sont rassemblés au son de la musique qu’ils écoutaient quand ils avaient mon âge. Plate comme je vous dis pas.

Je les regardais arriver au volant de leur grosse voiture en riant comme des enfants en cravate, incapable de voir en eux l’adolescent que j’étais. Ils se retrouvaient en se serrant chaleureusement la main, en se parlant comme s’ils s’étaient vus la veille, comme si 25 ans ne s’étaient pas écoulés depuis leurs derniers échanges, puis ils se parlaient de leurs enfants, de leur business, de leur divorce en s’échangeant des cartes d’affaire. Du haut de mes 16 ans, je ne pouvais voir le jour où ce serait mon tour. À cet âge, 30 ans est le troisième âge, alors 41…

Ces gens-là, ces dinosaures scolaires, avaient quitté l’école où j’allais en 1961. C’était en 1986. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts (et c’était à Saint-Jean-sur-Richelieu alors quand je dis beaucoup d’eau, c’est beaucoup d’eau). Il y a eu tous ces événements qui modèlent un être humain unique, qui ont fait de moi quelqu’un de différent de celui que j’étais.

Puis ce fut notre tour. Nos retrouvailles. 25 ans après la fin du secondaire. J’avais hâte sans trop savoir pourquoi. Pour revoir des amis perdus de vue depuis, pour voir ce qu’ils sont devenus, pour retrouver, en 2011, une bulle de 1986.

On s’était quittés à vélo, on s’est retrouvés en Dodge Caravan. Untel avait grossi comme ça se peut pas, l’autre avait perdu tous ses cheveux, cette autre était méconnaissable dans sa robe de matante, mais on se reconnaissait tous sans problème! Le même humour, les mêmes expressions, les mêmes goûts, les chiants étaient encore chiants, les drôles encore drôles. Rien n’avait changé, sinon l’enveloppe (et le chèque de paie). Dehors passaient des ados le regard rempli de cette certitude que jamais, jamais ils ne seraient aussi pathétiques que nous en ce moment.

Je nous ai regardés danser, balourds, sur Beds are Burning, comme si les 25 dernières années n’étaient jamais passées sur nos vies, et c’est là que j’ai eu un doute. Comment peut-on avoir vécu 25 ans sans changer pour la peine? Tout serait-il déjà dessiné à 16 ans? La chorégraphie se modifie, le rythme ralentit, mais les paroles de la chanson ne changeraient pas?

Ça me rassure et me donne le vertige en même temps.

mardi 7 juin 2011

Mitre et Réalité

Moi: «Regarde, c'est papa quand il avait 10 ans.»
Ma fille (5 ans): «Pourquoi tu es allé voir le cuisinier?»

mercredi 1 juin 2011

Silence Radio


- Blog control to captain Dan.
- ...

- Blog control to captain Dan. Ici Whitney Houston. Vous nous entendez? How will I know? *
- ...

***


Lors de la publication de mon recueil, le milieu du livre s’est ouvert à moi. Critiques, salons, entrevues, j’arrivais en courant et j’avais hâte à tout cela. On avait pris soin de me prévenir que la page n’était pas rose tous les jours pour les jeunauteurs, ce dont je me riais bien à l'époque (Ah! cette jeunesse insouciante!)

Les séances de signature – souvent des séances d’humilité, surtout quand on signe entre Marie Laberge et Dany Laferrière - et les quelques entrevues accordées furent généralement sympathiques – surtout celle avec Christine Lamer, femme charmante.

La déception est principalement venue de moi. Je me suis vite rendu compte que j’étais peu doué pour le «small talk» de signature de salon et un piètre interviewé : incapable de prévoir les questions (enfin, celle que je prévoyais n’étais jamais posées), je bafouillais des réponses un peu à côté de la plaque. Je me suis même surpris à m'écouter et à me dire : «mais que tu es ennuyant!!!» Bref, ce moi qui avais hâte aux entrevues, à la rencontre avec mes lecteurs, etc., ce moi là m’emmerdais profondément.

Le blog en a aussi pris pour son rhume. Bien malgré moi, l’édition du livre a marqué quelque chose comme la fin d’un cycle, comme si dès la première publication de 2004, l’objectif était le recueil. L'«objectif» atteint, d’autres projets auraient pu espérer un peu d’attention, mais le clavier ne me parlait plus. Je n'avais plus la touche.

Cependant, qui dit fin d’un cycle dit début d’un autre. Cet été, j’ai bien l’intention d’enfoncer les touches de force, de m’imposer des heures d’écriture entre les rénos de la salle de bain et ma quasi monoparentalité de juin (dame V. sera à l’extérieur de la ville pour une bonne partie du mois, me laissant seul avec flot et flotte).

***

- Blog control to captain Dan. Arrêtez de niaiser, captain Dan.
- Houston, ici captain Dan. Scusez. J'étais parti fumer une clope à l'extérieur. Mettez du bois dans la cheminée, je reviens chez nous.


***

Allez hop. Au boulot.

J’accepte vos dons de café, de gardiennage et de grilled cheese.

________________

* Cette blague, digne de mon ami Parick Dion, est dédiée aux vieux de 40 ans qui, comme moi, furent victimes des années 80.

mardi 1 mars 2011

Avec assurance

-       1 million ou 2?
-       1 ça devrait faire.
-       Franchise de 500$? 250$ Pas de franchise?
-       Je peux m’assurer sans franchise?
-      Oui. Mais c’est plus cher.
-       Pas si je peux vous raconter n'importe quoi, du genre j'ai 65 ans et je roule 50 km par année.
-       
-       Je rigole.
-       
-       Dans le sens de «sans franchise»…
-       
-       Dans le sens de «pas être franc»…
-       
-      Oui, bon. 500$
-       Et combien pour feu-vol-vandalisme?
-       Même affaire.
-       J’entre ces infos et je vous reviens.

(Note importante : quand un préposé vous met en attente de la sorte, il n’est pas rare qu’il puisse toujours vous entendre même si vous ne l’entendez pas. Un truc : Ne dites pas de méchancetés du genre «Quel idiot!» et faites semblant de parler à quelqu’un et dites tout bas à quel point vous avez un bon service et combien vous espérez payer de prime.
Exemple : (vous êtes en attente) Chérie?! Oui, je suis en attente, là. Le gars est parti calculer ma prime. Il est super fin!... L’autre compagnie m’a proposé 525$ (C’est faux, elle propose 580$, mais on est ratoureux). S'il me revient avec le même montant, je prends l’assurance avec lui.)

(attente…)

-       Monsieur Rondeau?
-       Oui?
-       J’ai calculé votre prime. Ce sera 598$. Mais vous mesurez combien, monsieur Rondeau?
-       1m72. Quand je me tiens droit.
-       Ça tombe bien, on offre justement un rabais de 75$ aux jeunes parents qui mesurent entre 1m70 et 1m75. Ça vous fait donc une prime de (il doit bien sûr faire l’équation à la calculette)… 523$.

(Qu’est-ce que je vous avais dit!?! In your face, assureur!)

-       Super! Je prends.
-       Vous préférez payer à tempérament?
-       Dois-je faire un test psychologique?
-       
-       Je rigole…
-       
-       pour évaluer mon tempérament…
-       
-       
-       
-       Oui, bon. Par tempérament.
-       Je m'assure du calcul final et je vous reviens.

     Chérie! J'ai pogné un méchant gars plate!

     (attente…)

-       Bon. Monsieur Rondeau? Vous m'avez dit que vous mesuriez 1m72, n'est-ce pas?
-       Oui.
-       C'est plate. Je me suis trompé. Le rabais s'adresse aux gens d'1m73 et plus...

vendredi 18 février 2011

Chacun son matin


Version du public

9h15     Le prof gare sa Volvo (vieux modèle, mais Volvo pareil) entre une BMW et une Audi sur une place de stationnement réservée;

9h17     Une collègue est debout près de son bureau. Elle sirote son café. Elle ne l’a pas attendu et elle parle toute seule depuis un moment de ses projets de vacances en repoussant d’un vague geste de la main les étudiants qui s’aventurent jusqu’au département;

10h18     Le prof ouvre la porte de son bureau, accroche son manteau et replace une à une les piles de feuilles sur son bureau en les tapotant un même nombre de fois chaque côté, compte les munitions de son pousse-mine et aligne ses 3 stylos rouges. Une fois cela fait, il contemple sa surface de travail en soupirant de satisfaction. 2 fois;

10h32     Il sirote son café (les profs sirotent beaucoup) et il sort un en-cas de son tiroir en écoutant «Par 4 Chemins» en baladodiffusion.


Version du prof

9h15     Je dois me garer entre une BMW et une Audi (qui appartiennent à des étudiants) au fond du stationnement et marcher 10 minutes sous la pluie pour me rendre à mon bureau;

9h17     3 étudiants m’attendent avec des questions (peu pertinentes) sur le devoir à remettre au cours de 13h.

9h18     J’ouvre mon bureau et en y entrant, je marche sur quelques travaux d’étudiants glissés sous la porte;

9h19     Je vais me chercher un café que je boirai à moitié en répondant à 3 courriels et en ignorant le téléphone qui sonne sans cesse.


La version réelle importe peu, je dirais.