jeudi 9 septembre 2004

À qui appartiennent les mots?

Ce matin, la pluie m'a obligé au transport en commun. Debout dans l'autobus, j'essaie de ne pas penser que j'en descends dans une heure, peut-être plus si la voiture devant n'avance pas bientôt. Autour de moi, plein de gens, tous le même air de pluie. À ma gauche, une superbe femme noire aux yeux bridés. La sonnerie de son portable est le thème de la Soirée du hockey, version Casio. Ça ne s'invente pas. À ma droite, une jeune gothique qui marche sur sa cape. Derrière elle, un gringalet de 9 pieds avec une barbe de Chinois (c'est-à-dire pas très touffue), vêtu de feuilles d'érable, question de me rappeler que je suis en territoire étranger: une feuille d'érable sur la casquette, un drapeau du Canada sur son sac à dos, un autre plus petit mais pas moins discret sur sa bretelle droite, une feuille d'érable avec un castor sur une jambe de son pantalon. Sur son t-shirt, on peut lire Cozumel, Mexico. Je n'y suis jamais allé et j'en ai de moins en moins le goût. Le gars à cet air idiot qu'on a quand on est dans la lune. Pauvre Cozumel.

L'ennui m'assaille et je choisis de lire une copie du journal Métro qui traîne. De toutes les nouvelles du monde, bonnes et mauvaises, c'est le blanchissage de Brodeur qui fait la une. L'autobus n'avance pas d'un poil. Je tourne la page. Je plonge dans une série de nouvelles qui tiennent en peu de lignes et encore moins de vocabulaire.

L'homme derrière moi se penche. Il ne peut faire autrement que de lire un peu, furtivement, à yeux de loup. Étrange cette impression qu'on nous vole quand quelqu'un lit le journal par dessus notre épaule, comme si les mots imprimés nous appartenaient.

Dehors, pendant que je me fais voler, il ne cesse de pleuvoir. Et la voiture devant n'avance toujours pas.

1 commentaire:

  1. C'est pas les mots qu'on se fait voler, c'est le droit à notre bu-bulle d'espace vital.

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