mardi 5 octobre 2004

Soir de mégot

Derrière des vapeurs d'alcool, J. s'est maladroitement allumé une cigarette dans un clic métallique propre aux Zippo. Dès qu'il a voulu la prendre entre ses doigts engourdis, ses lèvres l'ont échappée. J. a soupiré puis est descendu de son banc pour la ramasser. Les bancs sont hauts à cette heure. J'ai pris une gorgée de bière en l'attendant. Puis deux.
Il ne remontait pas.

Au moment où je commençais à m'inquiéter, il est réapparu, l'air content. Il s'est rassis. Entre ses lèvres, un mégot éteint. En regardant dans le goulot de ma bouteille, je lui ai dit:
- T'avais pas une cigarette toute neuve?
Les yeux mi-clos d'alcool, il a tâté le mégot.
- Câlisse...
Frustration. Déception. Résignation.
- Ah, pis d'la marde!
Sans recracher le bout jaune glané par terre, il s'est allumé une seconde cigarette, toute neuve celle-là.

Grande leçon: quand les efforts n'apportent plus que des mégots éteints, il vaut mieux rentrer.
Mais seulement après une dernière cigarette.

2 commentaires:

  1. mais surtout, sur le plateau, ne jamais se pencher pour ramasser un mégot par terre, ça fait campagne!

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  2. C'est l'une des histoires les plus drôles que j'ai jamais lu.

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