mercredi 13 octobre 2004

Le Vent dans les cheveux

9h. Il faisait froid. On a commencé à descendre des boîtes sur le trottoir. La vente de garage s’installait. Déjà, des voisins sortaient de leur tanière pour venir reluquer les aubaines; un tas de vieilleries, des cadeaux reçus qu’on garde malgré tout et malgré le bon goût, tous les trucs en double depuis que Dame V. et moi cohabitons. Exit la vieille télé, le toaster en double et les poêles rouillées. Exit aussi les vieux ustensiles et ma vieille vaisselle achetée il y a 18 ans dans le quartier chinois avec mon argent gagné chez McDo. À chaque morceau vendu, à chaque trente sous en plus, c’était un peu l’indépendance de chacun qui s’effritait. Désormais, en cas de coup dur, le ciment du trottoir servirait de tapis pour amortir la chute.

Le temps s’est à peine réchauffé durant la journée. On tenait nos tasses de café comme les rois mages tenaient l’or, l’encens et la myrrhe. Les amis sont passés nous dire bonjour, comme des badauds qui donnent des verres d’eau aux marathoniens le long du parcours. Les tables se vidaient lentement de nos souvenirs, et à chaque petit coup de vent, l’arbre devant chez nous emplissaient de ses feuilles jaunes nos coupes de vin démodés et nos chaudrons bosselés. Jusqu’à 16h, les gens ont tâté des fonds de boîtes en marchandant des bouts de nos vies, en croyant faire la bonne affaire en payant 3,75$ ce qu’on affichait à 4$. Du petit bonheur à 25 cennes.

Le jour de la vente de garage, j'ai regardé partir un tas de vieux trucs auxquels je m'étais accroché lors de ma derrnière rupture, comme autant de petites bouées de sauvetage maintenant inutiles. Un peu plus et, à chaque vente, je leur envoyais la main. Ce jour-là, j’ai vendu mon assurance-accident pour une poignée de dollars. Curieusement, depuis, je me sens rassuré. Comme quoi les assurances, ça inquiète parfois plus que ça rassure.

C’est pour ça que je fais du vélo sans casque; je roule la tête fragile, mais le coeur serein, le vent dans les cheveux.

8 commentaires:

  1. Samson perdit sa force en se faisant couper les cheveux.
    Vaniteux, il manquait d'assurance sans son bel air.

    Je garde avec une certaine nostalgie souvenance du sentiment de liberté qu'engendre le passage d'Éole dans les épis ; heureusement, il me reste la fraîcheur de la pluie sur mon crâne miroir. Proche parent.

    Beau texte. S'attacherait-on plus aux objets qui restent, souvenirs, qu'aux gens qui sont partis ?

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  2. Probablement, car contrairement aux gens, on peut posséder les objets et avoir le contrôle dessus...en bonus, ils subissent nos sautes d'humeur sans broncher et ne se plaignent jamais de la couleur du canapé. Qualités non négligeables. Par contre, toute séparation a son lot de bons arguments et il y a des séparations essentielles.

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  3. En effet, comme la séparation dans le milieu !

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  4. ... et la mangeoire à zoizeaux en moins

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  5. Petit ou gros souvenir d`il y à trois ans (deux peut-être, l`espace temporel et moi...). L`oxygène est enfin entré à grande soupière dans mes petits poumons, les jours où, étalés sur la surface verte à tondre, antiquitées, objets usuels,patins à roulettes, vaisselle, et autres inutiles utiles partaient aux mains d`étranges étrangés...
    Parfois, les "avoirs" nous étouffent...aussi...
    Séparation,divorce, Libertade,Révolution,Décadance!!!!
    Ouf! Je respire....
    Mais esti que j`ai hâte d`étouffer à nouveau...
    C`est con parfois une femme!

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  6. tu maîtrises bien la forme brève
    la nouvelle, ça te tente pas?

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  7. Hey ben, ça m'a fait pleurer... :oS
    C'est fou, comme j'en aurai passé des années à rêver d'avoir un toaster en double à vendre dans une vente de garage!
    Très beau texte Dan, bravo! Chapeau bas!

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  8. Chevauche le vent dans les cheveux jusqu'à laplumedematante.blogspot.com Tu seras décoiffé...

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