À la télé, je regarde sans les distinguer des triples boucles piquées et des triples axels, je vois des lugeurs qui fusent à 125 kilomètres à l’heure, le cou cassé, tentant de discerner la prochaine courbe par-dessus leur sexe moulé au kevlar, j’écoute le commentateur, pourtant à mille lieues de la patinoire, chuchoter dans le micro son admiration pour un atterrissage ou crier son exaltation de voir un sportif à lames démesurées faire le tour d’une piste ovale et se dépêcher, dès la ligne d'arrivée franchie, d’enlever son passe-montagne peu glamour pour montrer sa chevelure. On recouvre de drapeaux et de médailles des humains de carnaval qui glissent vite, qui connaissent les pirouettes, des humains qu’on utilisera, une fois usés, pour vendre des céréales, des réer ou des culottes absorbantes aux couleurs de la patrie. Ceux qui n’auront pas mérité leurs cinq secondes de piédestal, on les oubliera, car l’important n’est plus, n’a jamais été de participer.
À la télé, Germain Larivière en profite pour transformer ses matelas en bobsleigh, Macdonald transforme ses boulettes en médailles d’or pour enfants, Radio-Canada transforme la victoire d’un athlète en fierté nationale, le il en nous. Il fait bon de crier Canada, ça couvre le pleurnichement ambiant.
Il y a 400 ans, les indigènes échangeaient aux colons des tonnes de peaux pour un bout de miroir, pour se voir, pour se contempler. Il nous faut admettre que la transaction a bien peu évoluée, et que l'indigène n'est pas toujours celui qu'on pense.
Les olympiques, c’est cinq anneaux dénués du sens originel, qu’on porte pour décorer notre nombril.
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