Je suis là, devant le comptoir, à attendre qu’un mécano avec les ongles noirs de graisse et un excès de confiance en ses boulons daigne me dire « On-t-a-tu répond? » J’attends, me préparant tant bien que mal à me faire détrousser parce que je n’ai aucune maudite idée de combien coûte une réparation de l’affaire qui fait bling bling en avant quand on tourne et que le moteur est froid. N’importe quel montant entre 20$ et 400$ me semblerait justifié. J’espère que ma fille sera mécanicienne, ne serait-ce pour qu’enfin j’aie un garage digne de confiance où aller…
Près de moi, une sorte d’énergumène atteint d’hyper sociabilité qui semble connaître tout le monde dans ce monde de cambouis. Il ne cesse de parler et raconte n’importe quelle de ses mésaventures. Son discours est l’équivalent sonore des images trois D dans les livres : surchargé, inintéressant, qui vous laisse avec le regard torve. Le genre de personne qui, quand plus personne ne l’écoute, continue à parler en pivotant sur lui-même à la recherche d’une oreille trop timide pour la fuite. Et voilà que Joe verbomoteur se cherche une oreille accueillante. Je dois baisser les yeux… Regarde comme le plancher est intéressant… Garde-les baissés, Dan…
Je les relève trop vite; Joe logorrhée me harponne :
- Pis là, les p’tits criss de voleurs sont partis avec mon mirouèr de porte. Criss, ç’a-tu du bon sens?
Là, il me regarde dans les yeux. Je le sens, il pense qu’on est amis.
- Hein, tu trouves-tu que ç’a de l’allure, toué?
Est-ce que quelqu’un peut me proposer une réponse intelligente à ce genre de question? Sinon, quelqu’un connaît un mécano qu’on peut consulter en cabinet privé?
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