mardi 20 mai 2008

Au poteau!

Ça se passe au Djibouti en ce moment. Un fait divers comme il y en a trop. On a retrouvé un enfant mort dans le fond d’un puit. La police fait sa petite enquête puis arrête Omar, un demi-oncle, pour le questionner.

Bien sûr, l’affaire est sordide et les journalistes tels des vautours viennent planer dans les parages. Ils interrogent le village au complet et tous trouvent qu’en effet, Omar était un être bizarre : il était solitaire, il n’avait pas de travail, il n’avait pas de femme, il avait déjà volé tout un panier de nourriture il y a longtemps. Bref, il n’était pas net net.

À la télé, on montre le visage d’Omar dans la voiture de police. On fait son portrait psychologique. Les gens commencent à dire que c’est un salaud, qu’on ne pouvait faire ce genre de crime – surtout à un bébé - à moins d’être un foutu débile.

Dans les journaux, dans les discussions sur la rue et dans les chaumières, on lance des pierres à ce foutu crétin. Certains iraient même à le lapider sur le champ s’ils l’avaient sous la main.

Pourtant Omar n’a jamais été officiellement reconnu coupable de quoi que ce soit. Peut-être sera-t-il relâché demain, si ça trouve. D’un sens comme dans l’autre, sa vie est foutue pour quelque temps. Tout le monde l’a condamné comme autrefois on brûlait sur un bûcher de vieilles filles seules en les accusant de sorcellerie.

Mais les sorcières, c’était il y a 100 ans, et le cas d’Omar, c’est dans un village pauvre du Djibouti. J’ai dit du Djibouti? Pardon, je voulais dire du Québec. En 2008.

D’accord, ce n’était pas un bébé, pas dans un puit, etc. Mais c’est du pareil au même.

Peut-être que Francis Proulx est coupable, peut-être pas. On ne sait pas et on est bien mal placé pour le savoir. Dans les yeux des journalistes et du public, suspect et coupable, c’est la même chose, et on l’a tous déjà condamné.

Si jamais M. Proulx était reconnu innocent, gageons que personne ne s’excusera.

[Edit] Ça m'apprendra à afficher mes messages deux jours plus tard: il appert que M. Proulx ait été officiellement accusé de meurtre.

2 commentaires:

  1. Bravo et merci pour cete courageuse mise au point. En défendant la présomption d'innocence de Francis Proulx, c'est le droit de tous que vous défendez.

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  2. Même chose qu'à Djibouti, la bonne population a besoin d'être rassurée que le danger est disparu , quitte à ce qu'il y aie des dommages collatéraux.
    Et c'est de l'humain, ou plutôt de l'humainerie.
    Faut juste pas laisser l'humainerie l'emporter sur l'humain.

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