Le Salon du livre de Montréal bat son plein. Son plein de monde qui cherche la vedette, son plein d'auteurs qui signent son plein de dédicaces, son plein de caisses enregistreuses qui tintent pour des livres aussi sinon plus chers qu'en librairie, des bouteilles d'eau à 3$, des billets d'entrée... Car en effet, on exige des frais d'entrée pour cette foire marchande, comme si les centres d'achats demandaient 5$ à chaque client pour qu'il ait accès à leur regroupement de boutiques. Une excellente manière de garder la littérature bourgeoise et de garder les pauvres loin de la culture...
Dans le Salon, on vend des visages d'auteurs sur des affiches de 5 mètres carrés. On voit Georges-Hébert Germain de tellement loin qu'on croirait qu'il vient d'écrire la Bible... Rassurons-nous, il n'a écrit que la bio de maman Dion. J'ai toujours trouvé curieuse cette littérature qui accorde tant d'importance aux visages des auteurs. À ma connaissance, c'est la seule forme d'art qui s'acharne à montrer le visage de ses créateurs; dans les salons, dans la vitrine des librairies, sur le quatrième de couverture de chaque livre... Pourquoi pas une photo des peintres dans le bas de leurs toiles? Une des sculpteurs à l'arrière de leurs pièces? Des réalisateurs ou des scénaristes au dos des pochettes de DVD? Au dos des bouquins, les poètes se montrent les cheveux ébouriffés, une cigouilles à la main, les auteurs populaires se tiennent le menton le temps de la pause, et les rebelles sont accroupis près d'un mur de briques dans une ruelle... Tout cela en noir et blanc.
La littérature a soif de montrer un visage humain. Eh oui, mesdames et messieurs, l'auteur est de chair. Et il fixe le vide.
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