mardi 17 octobre 2006

Un Prof près de chez vous, troisième partie: le colonel

Maintenant que les fondateurs sont définis, voyons le reste du clan.
Aujourd’hui, le colonel.

Un jour il y a longtemps, pour une raison inconnue, un homme normal décida que plus jamais on ne rirait de lui, qu’il en avait son voyage de se faire prendre pour une valise, et qu’il saurait prévoir toute éventualité. Cet homme est devenu droit et ferme, prévoyant et méthodique, rigide à tous les égards. Cet homme est le colonel.

Le colonel connaît les règles et sait les appliquer. Pour ses collègues, il est le livre de lois auquel on revient en cas de doute. Pour les étudiants, il est une guillotine qui attend un repas. Peu d’entre eux viennent d'ailleurs le visiter. D’abord parce que dans ses cours les zones grises n’existent pas, ensuite parce que peu ont le courage de s’y frotter. L’étudiant qui s’y résignera sera observé par un regard couvert de verres épais comme ces lunettes de nerds qu’on retrouve au Dollorama, fera face à un homme habillé d’une chemise bien repassée sous laquelle on devine la force brute et noueuse de celui qui vit les poings serrés. Les chances de clémence sont minces, mais s’il l’obtient, l’étudiant sortira de sa rencontre avec le même soulagement que celui qui voit la vague du tsunami se retirer de son exiguë chambre d’hôtel.

On distingue le bureau du colonel de celui de ses collègues par la propreté qui y règne : chaque pile de travaux a sa couleur, chaque couleur, sa tablette. Peu de livres, peu de crayons, peu de bibelots, voilà l’univers qui l’entoure. C’est dans ce reg humain que le colonel travaille, parfois jusqu’à tard le soir, car il déteste apporter du travail à la maison.

En classe, le colonel est un partisan de la ligne dure. Son plan de cours, préparé des mois à l’avance, est archi-détaillé, chaque heure des 45 de la session minutieusement décrite. La surprise et l’improvisation lui sont étrangères. Ainsi, aucun retard n’est toléré et l’homme au regard dur ne semble ressentir aucun remord à couler un étudiant qui a obtenu 59,4%. Pendant ses cours, tout est jaugé, dirigé, minuté. Les étudiants ne l’aiment guère, mais tous doivent admettre qu’ils réussissent bien sous sa gouverne. Son austérité n’aura d’égal que le respect craintif qu’il obtiendra de sa troupe. Heureusement d’ailleurs, car le moindre écart de conduite, même un modeste murmure pendant un examen, l’agresse tels des ongles sur un tableau noir. Sa contenance éclatera alors, parfois à grands cris. Mais tant que tous, étudiants comme collègues, respectent les règles, il offre un quotidien discret et sans éclats où se terre une cicatrice douloureusement muette.

Demain (menfin, prochainement): le bordélique.

7 commentaires:

  1. Le bordélique.... Tiens, ça doit être toi ça !

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  2. Il y aurait aussi l'adepte de la procrastination. Je pense faire son portrait demain. Ou bien après demain.

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  3. Le colonel a souvent un gros fond parano, il me semble.

    Mais je dis ça comme ça, en passant et JE NE VISE AUCUN DE MES COLLÈGUES.

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  4. Dis-moi Dan, est-ce le colonel qui porte un marcel sous sa chemise empesée?

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  5. "...il est une guillotine qui attend un repas.."

    Heu.. Mouais... J'aime bien les images mais là... Une guillotine anthropophage?

    Me semble que ça recrache la tête quand même une guillotine...

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  6. Pat: t'as pas vu mon bureau, tu sais pas... :P
    Anita: Comme tu dis, je le ferai plus tard celui-là :)
    Mo: Le colonel essaie de tout entendre, et parfois, il en entend un peu plus.
    Bertrand: Les guillotines recrachent les têtes parce qu'elles font la fine gueule. Mais si on leur donne une bonne bouille...

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  7. Celui là c'est triste.. cache une blessure !!
    Et oui, on réussi avec lui !!!
    Je sais pas ce qu'on trouverais chez lui... comment son autre vie se passe ??
    Je me souviens au secondaire d'un cas... il avait demandé en mariage d'arrangement une jeune nerds pour s'occuper de lui à sa retraite !!

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