Maintenant que les fondateurs sont définis, voyons le reste du clan.
Aujourd’hui, le colonel.
Un jour il y a longtemps, pour une raison inconnue, un homme normal décida que plus jamais on ne rirait de lui, qu’il en avait son voyage de se faire prendre pour une valise, et qu’il saurait prévoir toute éventualité. Cet homme est devenu droit et ferme, prévoyant et méthodique, rigide à tous les égards. Cet homme est le colonel.
Le colonel connaît les règles et sait les appliquer. Pour ses collègues, il est le livre de lois auquel on revient en cas de doute. Pour les étudiants, il est une guillotine qui attend un repas. Peu d’entre eux viennent d'ailleurs le visiter. D’abord parce que dans ses cours les zones grises n’existent pas, ensuite parce que peu ont le courage de s’y frotter. L’étudiant qui s’y résignera sera observé par un regard couvert de verres épais comme ces lunettes de nerds qu’on retrouve au Dollorama, fera face à un homme habillé d’une chemise bien repassée sous laquelle on devine la force brute et noueuse de celui qui vit les poings serrés. Les chances de clémence sont minces, mais s’il l’obtient, l’étudiant sortira de sa rencontre avec le même soulagement que celui qui voit la vague du tsunami se retirer de son exiguë chambre d’hôtel.
On distingue le bureau du colonel de celui de ses collègues par la propreté qui y règne : chaque pile de travaux a sa couleur, chaque couleur, sa tablette. Peu de livres, peu de crayons, peu de bibelots, voilà l’univers qui l’entoure. C’est dans ce reg humain que le colonel travaille, parfois jusqu’à tard le soir, car il déteste apporter du travail à la maison.
En classe, le colonel est un partisan de la ligne dure. Son plan de cours, préparé des mois à l’avance, est archi-détaillé, chaque heure des 45 de la session minutieusement décrite. La surprise et l’improvisation lui sont étrangères. Ainsi, aucun retard n’est toléré et l’homme au regard dur ne semble ressentir aucun remord à couler un étudiant qui a obtenu 59,4%. Pendant ses cours, tout est jaugé, dirigé, minuté. Les étudiants ne l’aiment guère, mais tous doivent admettre qu’ils réussissent bien sous sa gouverne. Son austérité n’aura d’égal que le respect craintif qu’il obtiendra de sa troupe. Heureusement d’ailleurs, car le moindre écart de conduite, même un modeste murmure pendant un examen, l’agresse tels des ongles sur un tableau noir. Sa contenance éclatera alors, parfois à grands cris. Mais tant que tous, étudiants comme collègues, respectent les règles, il offre un quotidien discret et sans éclats où se terre une cicatrice douloureusement muette.
Demain (menfin, prochainement): le bordélique.
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