dimanche 14 août 2011

Gaspésie blues


Ça arrive quelques fois dans une vie : on s’arrête, on se retourne et on se demande à quel moment notre vie a bifurqué, à quelle fourche elle a choisi d’aller à droite plutôt qu’à gauche.

Une telle prise de conscience m’a frappé en plein milieu de l’Atlantique, il y a huit ans, et cet été, alors que je marchais sur une grève gaspésienne. J’étais là, adossé aux Chic-Chocs, humant le large comme un chien ivre à la fenêtre côté passager, et je remontais les ronds-points de ma vie passée, essayant d’identifier chaque coup de volant que j’avais (ou pas) donné. Je me demandais quand j’avais conclu que ma vie serait montréalaise, quelle courbe j’avais manquée pour n’être jamais venu en Gaspésie avant.

D’accord, j’étais touriste, je n’ai pas eu le temps de voir les fils qui régissent les comédiens ni ces chauffards qui conduisent trop vite sur le rang Thivierge, une bière tiède entre les jambes. Mais la proportion de cons n’est certes pas meilleure ni pire qu’à Montréal.

N’empêche que j’étais là, les deux pieds dans une eau froide qui n’a plus de fleuve que le nom sur la carte, à remonter le temps jusqu’au delà de moi, avant mes parents, et encore un peu plus loin. Et bref, si aujourd’hui je ne vis pas en Gaspésie, c’est un peu à cause d’une amibe de l’ère tertiaire, et beaucoup à cause de moi.

2 commentaires:

  1. À parler directement avec le Créateur qui loge dans le ciel de la Gaspésie -il déteste se piquer le cul aux buildings de Montréal, le tendre!, je parlerais d'une conspiration d'amides qui m'aurait amenée à vivre ici; c'est beaucoup trop splendide pour venir seulement de moi, qu'il me dit le Barbu... mais quand je trouve pénible l'éloignement complice de cette soif de liberté comblée, je porte mes tords bravement sur le dos. Y'a que les cathos qui choisissent cette option.

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  2. Pour moi qui est un habitué de la péninsule (et du rang Thivierge), la Gaspésie me manque cette année. Très beau texte.

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