samedi 30 août 2008

Le Roi se meurt - Deuxième (et courte) partie

Toujours agréable, Alexandre. Simple sans être simpliste, complexe sans être compliqué. Je l'admirais parfois. Grand, début trentaine, pas l'ombre d'un ventre, les cheveux savamment négligés. La majorité des femmes lui accordaient une grande beauté et beaucoup de charme. Il semblait pouvoir toutes les séduire. Pourtant, il aimait sa copine comme s'il l'avait rencontrée la semaine précédente, et pas un décolleté, pas un regard d'alcool, de désir ou de trois heures du matin n'avait réussi à l'en détourner. Il était de cette race fidèle. Pas fidèle comme un chien qui s'attache au moindre pygmée qui le flatte ou le nourrit, mais fidèle comme un laid. Ces laids qui ne croient pas qu'on puisse les aimer. Ces laids qui lorsqu'ils aiment, le font doucement, par en dessous, sans le dire de peur que le son de leur voix effraie le papillon posé sur leur main. Ces laids qui, lorsqu'ils apprennent la réciprocité de cet amour, n'en reviennent pas et ne cessent de se pincer jour après jour, les mêmes étoiles dans les yeux. Alexandre était un de ces laids. Sauf qu'il était beau.

Je n'appartenais pas au même monde. J'avais les phéromones paresseuses et je n'étais fidèle qu'à mon passé. De l'amour, je ne connaissais que de rares et éphémères papillons. Le lendemain de mes rencontres, en me glissant sous les draps, je respirais, indifférent, la réminiscence de la femme de la veille. J'incinérais sans chagrin chacun de ces petits deuils avec Alexandre. On bénissait ces âmes au Macallan, avec pour seul encens les effluves caramélisés de nos verres. Scotch, Botox sentimental.

5 commentaires:

  1. Il y a de ces fois où, spécialement, on a un orgasme littéraire, on lit un texte en espérant simplement pouvoir le relire, l'absorber et l'ingérer visuellement. Wow.

    Il y a de ces fois où on se dit : "Merde, c'est comme ça que je voudrais écrire!" Mais pas de chances, évidemment, on ne se sort pas si facilement de la crasse de la littérature de fond de ruelles à la Édouard H. Bond...

    Il y a de ces fois où toutes nos métaphores sont stupides et mauvaises (comme présentement...).

    Trop bon ce texte, vraiment.

    Tob-

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  2. C'est vraiment excellent, ce texte, et oui, ça rappelle certains carnets :). C'est comme une suite, une annexe qui vient prolonger le plaisir du premier roman de l'autre, là :).

    On vous lit et on sourit, admiratif, devant la juste de dose de ceci et de cela, devant l'apparente économie du style qui en fait est tellement dense...

    On se prend à vouloir exiger un roman, là, vite, au plus tard au cours de la prochaine année.

    Il faut continuer.
    Pour notre bonheur et (manifestement) pour le vôtre.

    Chantale, Québec

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  3. Interessant a lire effectivement,une reclame abondante de suite. Longue vie au Roi!

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  4. J'ai connu un gars comme ça, déjà, comme ton personnage de barman, c'est fou, il aurait pu sortir tout droit et tout incarné de ces superbes billets...

    Héhé.

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  5. Je suis sous le charme de vos mots également! J'y retourne :)

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