vendredi 24 août 2007

Je sens que je vais me faire des amis...

Voilà que rentrent les pieds devant les premiers soldats québécois envoyés en Afghanistan et tout de suite, les médias en font leurs choux gras : des unes noires, des manchettes aux traits étirés, des photos des soldats qui posent fièrement avec leur fusil, etc. Je ne sais pas pour vous, mais ça me donne une petite nausée.

Avant qu’on me lance des pierres, je tiens à souligner une chose : j’ai toute la sympathie du monde pour la famille et les amis des défunts.

Là n’est pas la question.

Ce qui me fatigue, c’est cet étalage de fausse sympathie, d’incompréhension générale devant ces morts et, je me lance, cette incapacité profonde d’assumer les conséquences des gestes posés, ou mieux, des gestes qu’on laisse notre gouvernement poser.

Après le décès du premier soldat québécois, on a pu lire dans des journaux que le pauvre bougre «faisait ce qu’il aimait par-dessus tout : servir dans l’armée.» C’est plate, mais l’armée sert lors de conflits, sinon on formerait des secouristes habillés en orange fluo. Et même si le gouvernement parle plutôt de mission de paix, le Canada est en guerre.

On enseigne à des hommes et des femmes à manier des armes à feu hyper puissantes, on les entraîne à ramper sur des kilomètres pour approcher sans bruit des ennemis, on les déguise en fougères (ou en carré de sable pour l’Afghanistan), on leur donne des grenades et des mitraillettes, puis on leur ordonne d’attaquer des repaires ennemis remplis de gens tout aussi armés qu’eux pour défendre des intérêts étrangers.
On s’attend à quoi?
Qu’ils reviennent les bras chargés de paniers de champignons, le sourire aux lèvres?

Si on est contre la guerre, on descend dans la rue, on manifeste, on rue, on crie, on écrit au gouvernement, on déserte l'armée, on fait défection, on vote contre les gouvernements guerriers aux élections. Harper n’a jamais caché ses intentions militaires et personne ne peut jouer les vierges offensées aujourd’hui.

On a pu entendre certains dire qu’ils sont contre la guerre, mais qu’il faille supporter nos troupes. Dans leur version de «supporter leurs troupes», ils avaient oublié que ça signifiait en envoyer certains à l’abattoir… Bonjour le réveil.

Parlant d’abattoir : combien de morts et de blessés du côté de la population locale, des civils afghans? Si le Canada est en Afghanistan en soutien à la démocratie (sic), pour aider la population locale, ce serait intéressant de le savoir.
Meuh non, j'oubliais, on préfère pleurer collectivement des gens qui ont choisi librement d'aller se battre.

24 commentaires:

  1. J'y vais avec la famille.

    Je suis tout à fait d'accord.
    Assumer les conséquences...tout à fait.

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  2. librement...
    c'est là le point.
    beau texte!
    ps: tu avais peur de ne pas avoir d'amis dans la cour de récréation, hein?! c'est ça?!!

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  3. Enfin quelqu'un ose.
    Mon copain et moi sommes toujours éberlués quand à la une, on se morfond sur un soldat qui meurt au combat. Autant faire la une avec coiffeuse qui coiffe sa cliente, un boucher qui coupe sa patte de cochon et un prof qui donne son cours. Youhou, ça fait partie de leur job, ils ont choisit de se battre, et ne soyons pas naïfs, dans la plupart des cas ils ont hâte d'essayer "pour vrai" leurs beaux joujoux de destruction... Ben tin, ça sert pas à faire le ménage, une mitraillette!

    Merci de me permettre de me défouler un peu.

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  4. Si un soldat ne va pas à la guerre pour se faire tuer, il y va pour quoi? Et toc!

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  5. la guerre, la guerre...24 août 2007 à 15 h 28

    Ouaip, je suis tout à fait d'accord moi aussi. Tout le monde semble choqué, mais on est beaucoup moins choqués quand c'est un soldat canadien qui meure (et pas mal indifférents quand c'est un afghan). Les talibans ne font pas de différence ; ils tirent sur leurs ennemis. C'est triste, c'est sûr, mais les soldats d'ici s'engagent volontairement. Ils sont conscients du danger. Les médias jouent dans le pathos, ça fait un bon show. Mais que les gens soient étonnés qu'il y ait des morts dans une guerre comme celle-là, c'est bizarre. Quoi, avant que les gars de Valcartier arrivent là-bas, ça n'existait pas, l'Afghanistan ?

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  6. "Si le Canada est en Afghanistan en soutien à la démocratie (sic), pour aider la population locale, ce serait intéressant de le savoir."

    TOUT est dans le sic!

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  7. Y'a des autruches en Afghanistan? Parce qu'ici, je me rends compte qu'il y en a malheureusement beaucoup.
    Merci de les aider à relever la tête!

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  8. Je te rejoint en ce qui concerne cet étalage de sentiments et de regrets. On oublie trop souvent que la fonction principale d'un soldat est d'être de la chair à canon. D'ailleurs, la position du NPD est vraiment regretable à ce chapitre.

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  9. Eh bien moi je vais briser votre consensus! Je partage les opinions de notre blogueur, sauf la dernière phrase. Vous êtes tous bien d'accord sur le fait que ces soldats ne méritent pas notre accablement puisqu'ils choisissent librement de partir se battre...

    Dites-moi, combien parmi vous connaissez un soldat envoyé au front récemment? Pour en connaître un personnellement, je ne suis pas prête du tout à dire qu'il s'agit d'un choix libre. Durant les nombreuses années de formation et d'entraînement, ils leur font subir un véritable lavage de cerveau.

    Plusieurs soldats, en parlant de leurs motivations du départ, répètent les mêmes phrases toutes faites, vous remarquerez. La soif d'adrénaline, les nouveaux défis, on n'a pas besoin d'une guerre, de mines antipersonnelles et de guerres pour l'assouvir... C'est n'importe quoi qu'ils leur rentrent dans la tête. À ce que je sache, même le plus brutal et insensible des soldats n'a pas hâte d'essayer son "beau joujou de destruction", comme disait quelqu'un.

    Et savez-vous quoi? Être dans l'armée, du moins en tant que "simple soldat", ce n'est pas lucratif. Ceux qui ont deux, trois, quatre enfants, ils ont beaucoup de difficultés à faire vivre leur famille. Eh bien, c'est la triste réalité, une grosse partie des soldats décident de partir par appât du gain : on les paie cher pour servir de chair à canons. Alors ils prennent le risque dans l'espoir de jours meilleurs pour leur famille.

    Et la douleur de laisser leur famille à l'autre bout du monde pendant des mois, de ne voir ni ses enfants, ni sa femme, et de prendre le risque de ne jamais les revoir,désolée, mais c'est courageux. Vivez-le et on s'en reparlera. Voilà.

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  10. Marie-Pascale: Est-ce que c'est moi ou on dirait que c'est juste au Québec (et au Canada) que les militaires n'ont pas l'air d'avoir "catché" qu'en s'embarquant dans l'armée, ben il y a des chances qu'un jour ils soient envoyés au front? Pis si c'est si pas payant d'être dans l'armée, ben alors pourquoi ils se sont enrolés en premier lieu???

    Commentaire général: J'ajouterai que, ces jours-ci, ce qui m'insupporte au plus haut point est cet espèce de discours patriotico-culpabilisant-boboche du style "il est mort pour nous offrir un monde meilleur" ou "il a donné sa vie pour que la démocratie règne", etc. Come on!

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  11. Marie-pascale: au dernières nouvelles, personne n'est obligé de faire son service militaire au Canada, alors au départ, oui c'est un engagement volontaire et malheureusement ça fait partie de la game de partir au combat et de risquer de se faire tuer.

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  12. Il n'y a pas de sot métier, dit-on chez moi... Il faut une armée pour garantir la Paix, y dit-on encore... *Je me souviens* des images télévisées du retour des GI tombés au Viet-Nam ou ailleurs, et je connais aussi le sort des Anciens Combattants de tous les pays, bannis par le voisinage et la société tout entière... En fait, je pense qu'il y a juste des sots gouvernements..!:(

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  13. Merci!

    Je commençais à me demander si j'étais seul à éprouver cette nausée...

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  14. Vous êtes tous des soldats qui tuent et se font tuer pour des intérêts qu'ils ignorent! Veux-tu savoir, toi, pourquoi je me fâche?

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  15. Dernier anonyme: je pense que tu passes trop de temps au FSQ...

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  16. Mon fils entre en Sec. 5. L'année dernière, dans son collège chic et cher (ne tirez pas, SVP), des officiers chics et chocs sont venus donner une conférence sur la noble (!) mission de l'armée canadienne, armée de paix, de promotion de la démocratie.
    Mon fils, pourtant élevé dans des valeurs pacifistes, qui lit et réfléchit plus que la moyenne des pingouins, mon fiston, donc, me disait que c'était «quand même une bien belle chose, une armée comme la nôtre». On lâche tout: urgence debriefing sur la question.
    Alors qu'attendez-vous des simples soldats, pour la plupart pas très éduqués, à qui on farcit la tête de carabistouilles patriotiques? Pas d'études, une vide dure, mais un salaire assuré. Et le prestige de l'uniforme, hé oui.
    Et oui, j'ai de la sympathie pour ces pauvres cons qui vont se faire tirer dessus ou se faire exploser comme des citrouilles, parce que j'ai le sentiment qu'ils n'ont pas forcément réellement compris l'ampleur des enjeux politiques, etc., mais aussi ceux qui touchent à leur PROPRE VIE!
    Et c'est à nous, si on pense le comprendre, de réagir et de descendre dans les rues pour arrêter ça. On y arrivera? Pas sûr, mais eux, ils ont quoi comme choix? Aller se faire canarder en pensant qu'on le fait pour une cause juste est peut-être moins angoissant, allez savoir?
    En tout cas, moi, ce que j'en dis, c'est que personne ne peut prétendre aujourd'hui avoir toutes les réponses, et que comme dirait l'autre «l'intelligence se mesure au nombre d'opinions contradictoires qu'on peut avoir une question.«

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  17. A mon humble avis personnel, tous les morts ont droit à notre respect, même les soldats-fonctionnaires volontaires pour un salaire minimum-garanti, même le pire des Epais rêvant d'une Pax Americana planétaire, même le gamin enthousiasmé par un message rassurant d'un clan qui lui donne une chance d'être un Homme, même s'il ignore le théorème de la Chair à Canon, même s'il n'a jamais su ce qu'être un Homme signifiait véritablement...
    R.I.P. les jeunes défunts, et pitié pour leur camarades revenus en graines: *Ils ne savent pas ce qu'ils font*, aurait dit un prophète.

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  18. Au risque de me répéter, le problème ici n'est pas le respect de la mort des soldats ni même la sympathie que j'ai pour eux, leur famille et tous les autres, le problème est l'attention médiatique pour ces décès. Encore aujourd'hui, la une du Devoir est pour le soldat de Longueuil.

    Marie-Pascale: en effet, il y a du lavage de cerveaux sans le nom. Mais les médias ne parlent pas de cela. Pourquoi personne n'en parle?
    Cependant, aussi triste soit ce «lavage», quelqu'un peut-il dire sincèrement qu'il ne s'en doutait pas un peu?...

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  19. En accord avec le texte: lorsque j'ai vu les soldats partir y'a quelques semaines, je n'en revenais pas des «on va dans un coin pas trop dangereux», «on va aider le peuple là-bas» ... Pendant tout ce temps, j'avais l'impression qu'on ne vivait pas sur la même planète. Lorsqu'on écoute parler ceux qui recrutent, on croirait avoir affaire à une colonie de vacances!

    Tout d'un coup, y'a des morts (québécois)... *Oh, Surprise!* Sérieusement, à quoi est-ce que vous vous attendiez?

    Supporter les troupes? Jamais.

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  20. La campagne «Appuyons nos troupes», ne signifie pas d'appuyer la mission et sa raison d'être, mais bien d'appuyer les militaires qui sont déployés. Il me semble que de participer au moral des troupes et à leur bien-être est bien infime comparé à ce qu'ils font en pays étranger.

    Quoi qu'il en soit, oui, les médias font beaucoup trop de sensationnalisme avec les militaires tombés au front. Ici, dans la communauté militaire, tout le monde sait qu'il ne s'agit plus d'une mission de paix, mais d'une de guerre. Tout le monde est conscient, à divers degrés, des dangers encourus lors d'un déploiement.

    Reproche-t-on au pompier, ou au policier en devoir, d'accomplir ses tâches, de rendre servir à la population... tout en sachant très bien qu'il peut et va se trouver dans des situations critiques, qu'il met sa vie en danger à chaque sortie qu'il effectue?
    C'est la même chose pour les militaires.

    Et, oui, certains d'entre vous ont raison : selon le corps de métiers, il s'en trouve qui n'ont pas pleinement conscience de ce qu'ils font.

    Cependant, et comme l'a si bien dit l'auteur de ce blogue, chacun est responsable de ses actes, de ses décisions et de ce en quoi il croit. :)

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