jeudi 9 juin 2011

Le temps qui ne passe pas.


Un soir, à l’école secondaire que je fréquentais, des retrouvailles ont eu lieu. Un tas d’adultes bedonnants, parfois chauves, souvent grisonnants, se sont rassemblés au son de la musique qu’ils écoutaient quand ils avaient mon âge. Plate comme je vous dis pas.

Je les regardais arriver au volant de leur grosse voiture en riant comme des enfants en cravate, incapable de voir en eux l’adolescent que j’étais. Ils se retrouvaient en se serrant chaleureusement la main, en se parlant comme s’ils s’étaient vus la veille, comme si 25 ans ne s’étaient pas écoulés depuis leurs derniers échanges, puis ils se parlaient de leurs enfants, de leur business, de leur divorce en s’échangeant des cartes d’affaire. Du haut de mes 16 ans, je ne pouvais voir le jour où ce serait mon tour. À cet âge, 30 ans est le troisième âge, alors 41…

Ces gens-là, ces dinosaures scolaires, avaient quitté l’école où j’allais en 1961. C’était en 1986. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts (et c’était à Saint-Jean-sur-Richelieu alors quand je dis beaucoup d’eau, c’est beaucoup d’eau). Il y a eu tous ces événements qui modèlent un être humain unique, qui ont fait de moi quelqu’un de différent de celui que j’étais.

Puis ce fut notre tour. Nos retrouvailles. 25 ans après la fin du secondaire. J’avais hâte sans trop savoir pourquoi. Pour revoir des amis perdus de vue depuis, pour voir ce qu’ils sont devenus, pour retrouver, en 2011, une bulle de 1986.

On s’était quittés à vélo, on s’est retrouvés en Dodge Caravan. Untel avait grossi comme ça se peut pas, l’autre avait perdu tous ses cheveux, cette autre était méconnaissable dans sa robe de matante, mais on se reconnaissait tous sans problème! Le même humour, les mêmes expressions, les mêmes goûts, les chiants étaient encore chiants, les drôles encore drôles. Rien n’avait changé, sinon l’enveloppe (et le chèque de paie). Dehors passaient des ados le regard rempli de cette certitude que jamais, jamais ils ne seraient aussi pathétiques que nous en ce moment.

Je nous ai regardés danser, balourds, sur Beds are Burning, comme si les 25 dernières années n’étaient jamais passées sur nos vies, et c’est là que j’ai eu un doute. Comment peut-on avoir vécu 25 ans sans changer pour la peine? Tout serait-il déjà dessiné à 16 ans? La chorégraphie se modifie, le rythme ralentit, mais les paroles de la chanson ne changeraient pas?

Ça me rassure et me donne le vertige en même temps.

7 commentaires:

  1. C'est drôle, j'ai justement assisté à mon vingtième anniversaire de fin de secondaire vendredi dernier. Mêmes impressions, je dirais. Avec en prime, dans mon cas, une assurance que je n'avais franchement pas à l'époque.

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  2. L'apparence change ,mais au fond on est le même depuis le départ...

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  3. Oui, plus j'avance en âge, plus je songe que tout est dessiné en nous à l'adolescence. Les grands motifs du moins. Ceux qui pèsent le plus lourd.
    Voisine Catherine

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  4. enfin le silence radio est terminé. j'aime ce que je lis. je suis vos aventures alors que je me trouve de l'autre côté du globe, en océanie. c'est comme si je buvais du bouillon de poule sous ma couette. merci.
    c

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  5. Un beau billet qui porte à réflexion.
    Merci beaucoup!

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  6. Un billet qui me rappelle mes retrouvailles.

    Très juste.

    Je potine:
    http://www.la-mere-est-calme.com/2011/06/les-potins-du-dimanche.html
    (en ligne dimanche)

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  7. Je me disais justement, cette semaine, que dans ma tête, j'ai le même âge que ma fille (16 ans). Avec de l'expérience en prime.

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