mardi 11 août 2009

Safarire jaune

Un enfant, ça vous ramène aux plaisirs simples et oubliés tels que l'observation des araignées tissant leur toile, la cueillette des pissenlits et... la visite des zoos.

Je n'ai jamais été friand des zoos. Côtoyer la bête en cage m'est apparu, dès mon plus jeune âge, comme la démonstration de barbarie. Bien sûr, les conditions dans lesquelles vivent les bêtes dans les zoos se sont grandement améliorées depuis les malheureux spectacles que donnaient les Hommes devant l'enclos à gorilles du zoo de Granby dans les années 70, mais pour moi, le respect de la vie sauvage passait par une loi très simple : on ne va pas sur le territoire de la bête, que ce soit en jeep ou à pied, armés de fusils longue portée ou de jumelles. Inutiles de dire que j'éprouvais une joie revancharde quand je voyais les babouins arracher les essuie-glaces et le vinyle du toit des monstres de tôle que conduisaient l'Amérique en 1975. Ceci compose d'ailleurs le seul souvenir que j'ai gardé du parc safari d'Hemmingford. Rapidement, on n'a plus conduit de voiture au milieu des babouins et des ours, bien que cette décision fût sans doute le fruit d'une compassion plus automobile qu'animale.

Alors quand, trente ans plus tard, ma copine m'a proposé d'y faire un tour, vous imaginez ma réaction enthousiaste.

- T'es-tu folle ?

- Mais imagine le regard de ta fille dans le tunnel vitré sur lequel sautent les lions, ou encore dans la voiture alors qu'elle pourra nourrir une girafe par la fenêtre entrouverte !

Quelqu'un peut me dire comment on refuse une telle sortie ?

**

Dame V. aussi avait oublié ce qu'était ce parc.

Déjà, le prix d'entrée aurait dû nous faire rebrousser chemin. Mais on venait d'attendre 25 minutes et les 3000 voitures derrière nous nous poussaient à accepter ce vol au guichet d'entrée. Puis on a hésité entre faire la partie zoo et ses manèges en premier et se taper la section en voiture comme première étape. On a choisi la partie voiture.

La connerie.

On a parcouru les quelques centaines de mètres de routes tortueuses en plus de 2 heures, coincés au milieu d'un improbable embouteillage dans un enclos à bovidés. En plus d'arrêter le moteur de la voiture à plusieurs reprises pour mieux contempler les plaques des 4X4 devant nous dans lesquels se tenaient des habitués de ce genre de safari, tout équipés pour affronter le bovidé bavant et armés de leurs sacs de légumes et leurs lingettes humides désinfectantes, les seules bêtes qui nous ont approchés sont des animaux - poussés vers nous par les employés du parc - qu'on peut facilement flatter à la ferme d'à côté.

Il y a tout un paradoxe : faire venir des bêtes des 4 coins du monde pour les parquer au milieu d'un embouteillage tient non seulement du mystère mais aussi d'un non-sens profond. Pire que dans mes souvenirs, ce parc est un reliquat d'une époque pas si lointaine du «tout-à-l'auto» - ciné-parc, drive-in et autres drive-thru - si populaires dans les années 60 et 70.

Bien que plus sympathique et respecteuse de la bête, la suite ne fut guère plus heureuse : les félins se tenaient à distance du tunnel vitré, les babouins se cachaient sous la passerelle pour mieux se masturber (ils avaient l'air à aimer cependant) et ma fille n'avait d'yeux que pour les manèges rouillés qui ne fonctionnaient pas toujours (quand l'employé doit appuyer trois fois de toutes ses forces sur le bouton vert pour que le manège tourne, on sent une inquiétude monter dans notre âme de parent). Au milieu des pancartes «manège fermé», la plaque informant que la grande roue datait de 1923 et qu'elle était une des 3 dernières de cette époque encore en fonction prenait des allures angoissantes.

Ma fille est revenue à la maison heureuse d'avoir fait un tour de manège pour enfant, c'est sans doute ce qui compte. Mais l'image de tous ces gens serpentant en voiture au milieu d'un enclos à wapitis dans l'espoir de donner une carotte à un bœuf musqué par sa fenêtre entrouverte ne m'a guère rassuré sur l'intelligence humaine.

7 commentaires:

  1. Bonjour,

    cette histoire vient de m'enlever complètement le déjà très peu d'envie que j'avais d'aller visiter ce genre d'attraction... Et merci! C'est effectivement une belle illustration de la bêtise humaine que d'aller s'enfermer dans une voiture, qui fait certes office de cage aux yeux de ces animaux. Ces derniers doivent bien se demander pourquoi nous enfermons-nous à notre tour pour s'offrir en spectacle à eux, alors que c'est généralement l'inverse? Mais alors, quel monde étrange!

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  2. J'aime bien l'idée de vendre comme concept la rencontre avec des bêtes en semi-liberté et qu'elles marchent entre deux files de voitures embouteillées...

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  3. A mon avis, ce sont les bêtes qui doivent se demander ce que font toutes ces voitures entassées devant elles ;-)

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  4. Ça ne donne pas trop envie d'y aller. Je préfère le concept des sentiers de la nature du zoo de St-Félicien : pas d'embouteillage et des animaux qui vivent entre des arbres et des lacs.

    Bon, il n'y a pas de girafe et on ne peu pas toucher mais si on se fie à ton expérience, on n'y perd rien :P

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  5. «barbarisme humain» ?
    N'est-ce pas en commettre un (barbarisme) que d'employer le mot «babarisme» dans ce sens ?
    Mais peut-être cherchiez-vous une rime à gargarisme. ;)
    «Barbarie» n'aurait-il pas été mieux ?
    Et d'ailleurs, seuls les humains peuvent commettre des actes de barbarie (et commettre des babarismes). Le mot «humain» me semble superflu.
    Bon, je chipote, mais, pour le fond, je suis d'accord avec vous.

    Balour Dix

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  6. Cher Balour,
    Vous avez bien raison. Je corrige ce «barbarisme» de ce pas.
    Merci!

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  7. Si au moins c'était un embouteillage de voitures hybrides roulant sur la batterie ! Notre visite au Parc Safari s'est arrêté au site web quand nous avons constaté le prix d'entrée...

    En vous lisant, je me rappelle mon unique "expédition" d'observation de baleines. Après 45 minutes en bateau pour se rendre à destination (agréable), portant des gilets de sauvetage complètement détrempés (ils l'étaient avant qu'on les enfile), nous nous sommes retrouvés avec deux autres bateaux et un pneumatique à foncer sur une seule pauvre petite baleine... J'ai vite délaissé la baleine (qui me faisait trop pitié) pour mieux observer le "tourism extrem" qui se jouait entre les passagers pour qui prendrait le meilleure cliché (mon intuition me dit que personne n'a pu remplacer par une "vraie photo" leur "laminé-circa-1992" d'une queue de baleine sur fond noire accroché dans le sous-sol ! ).

    C'est un plaisir de vous lire.

    J.

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