lundi 27 juillet 2009

L'Île de Pâques

(En réaction au billet de Patrick)

Je nous regarde acheter du suremballé à pleins sacs, de nouvelles télés à écran plat pour changer notre grosse télé qui fonctionne encore, un nouvel iPod et un nouveau téléphone cellulaire pour remplacer l'ancien acheté il y a trois ans, des meubles faits de colle et fabriqués en série en Indonésie, des jouets de plastique à 1$ pour nos enfants qui s'en foutent, des lunettes fumées que nous porterons quelques fois avant de les oublier, des vêtements qui serviront, comme tout le reste, le temps que change la mode, le temps qu'une vente de liquidation nous donne envie de nouveau pour presque rien. Je vois les centres d'achat et autres Ikea entourés de stationnements grands comme des déserts où rien ne pousse. Au retour, dans notre voiture qui consomme moins d'essence que l'autre mais que nous changerons tout de même dans 4 ans, je nous entends pester contre toute cette circulation, contre le smog et cette température accablante en ayant hâte à notre voyage annuel d'une semaine, avion et bar open inclus. Et si le bonus annuel du patron est bon, on se tapera un second voyage, un écolo où l'on marchera dans la nature mais où on se rend en avion...

Pour nous déculpabiliser, nous utilisons nos sacs réutilisables, nous achetons des produits verts recyclables (mais pas recyclés; on se targue de tout recycler, mais on ne trouve pratiquement rien fabriqué en matière recyclée...), nous achetons des litres de produits nettoyants biodégradables en seulement 28 jours, comme si les poissons pouvaient survivre 28 jours dans du Windex. On déculpabilise notre surconsommation en prenant l'autobus une fois de temps en temps, mais on ne la remet jamais en question. Pourtant, c'est elle qui crée des usines, pollue nos océans, engorge les routes de camions de marchandises et de livraison.

Fermez les yeux et imaginez une scène de votre enfance, n'importe laquelle. Dites-vous que presque tout ce que vous y voyez, meubles, bibelots, couverts, jouets, voitures, vêtements, bardeaux du toit des maisons, enseignes des magasins, peut-être même la toilette et le lavabo, tout cela s'empile dans un dépotoir aujourd'hui. Ouvrez les yeux et regardez autour de vous : où tout ce que vous voyez sera dans 20 ans ? Ça fait peur, n'est-ce pas ?

Petit, j'étais fasciné par l'île de Pâques, plus exactement par les hypothèses pour expliquer sa déforestation et la quasi extinction de ses habitants. Une des hypothèses le plus probables avance l'idée d'une déforestation par les habitants pour permettre l'érection des maoaïs, les fameuses statues de l'île. J'avais six ou sept ans quand on m'a expliqué cela, et dans ma petite tête qui avait tout à apprendre, je me demandais bien comment des hommes qui devaient bien voir diminuer de manière dangereuse le nombre d'arbres de leur île, comment ces être sensés ont-ils pu continuer à les couper jusqu'au dernier pour ériger des statues ? Je ne pouvais le croire.

Aujourd'hui, devant le spectacle qu'offre l'homme moderne, la réponse à l'interrogation de mon enfance ne fait plus de doute : oui, l'humain est con à ce point.

Le plus troublant est que, malgré tout ce que je viens d'écrire, je sois du lot.

9 commentaires:

  1. Ça alors! J'étais aussi (et suis toujours) un grand passionné de l'île de Pâques.

    Je persiste cependant à croire que l'homme n'est pas si bête que ça. Quand je ferme mes yeux, je n'arrive pas pour ma part à visualiser ce dernier petit groupe d'hommes, debout sur leur volcan, en train d'abattre le dernier arbre de l'île.

    C'est pourtant possible: les premiers explorateurs européens ont amené des cochons pour offrir en élevage aux pascuans... À ce qu'il parait ceux-ci les ont tous tués dans les minutes suivantes pour les dévorer le jour même!

    Alors en effet, la préservation des ressources ne semblait pas innée chez ces gens.

    Mais bon... la vraie bêtise humaine est survenue bien plus tard sur Matakiterani. Notamment le Chili qui a loué 95% de la superficie de l'île à une compagnie anglaise pour laisser paître ses moutons! Ceci pendant que les militaires chiliens envoyaient à la léproserie de l'île des insulaires en parfaite santé, comme moyen de "répression" pour un regard soutenu trop longtemps.

    Bref, sur bien davantage de plans que celui de l'écologie, la bêtise humaine dans toute sa splendeur s'est abbatue sur cette île. Passionnante histoire!

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  2. Ça fait longtemps que j'attendais ce billet. Bravo et merci.

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  3. On n'apprend même pas de nos erreurs en plus! Il faut se motiver à changer nos habitudes planétairement ( comme si c'était facile à faire... "soupir") du moins individuellement commençons !!

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  4. On en fait tous partie. Moi aussi. Malgré le fait que j'aie pas de bagnole, que je recycle, que je composte, que j'achète bio et équitable, je deviens con comme un jambon quand on me brandit sous le nez le tout dernier gadget inventé. C'est peut-être nous qui sommes nés dans le Windex finalement.

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  5. Il faut (re)lire Effondrement de Jared Diamond…
    Suicide écologique, mode d'emploi. On est en plein dans les derniers chapitres…
    Mais on peux aussi porter les mêmes t-shirt depuis des décennies, garder son mac plus de 6 ans, acheter des légumes au marché. Et refuser d'encombrer sa maison de bibelots et autres merdes bas de gamme.

    Ok, on a l'air ringard, on est pas affublé du dernier look (mais il suffit d'attendre, ça repasse :-)

    Amicalement.

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  6. J'attends impatiemment une voiture électrique qui a de l'allure, c'est-à-dire qui ne ressemble pas à une crotte de mouette moulée en forme de suppositoire limitée à 40km/h, j'ai acheté un nouveau vélo hier pour pouvoir me déplacer plus facilement sur 2 roues plutôt qu'avec ma voiture, et l'hiver je prends l'autobus quand je peux pour aller travailler, malgré le 90 minutes de route à faire, aller seulement. Par contre, je me sens toujours autant coupable en lisant un billet comme celui-ci, alors continuez, peut-être qu'à force de se sentir coupables, nous allons tous changer!

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  7. Après lecture de votre post, la question qui demeure en tête, est celle-ci, si la conscience de notre comportement ne suffit pas, si les erreurs du passé ne nous apprennent pas, que reste-t-il pour qu'on ait enfin l'électrochoc du changement ?

    La réponse est ardue, existe-t-elle vraiment ?

    Merci en tout cas pour cette belle réflexion !

    Caroline

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  8. Merci Jean-Christophe: j'essaie de mettre la patte sur ce livre.

    Peut-être qu'en lisant ce billet on se sent plus coupable, mais je peux vous assurer que l'écrire aide à réaliser bien des trucs...

    Il faudrait que tout nous coûte un peu plus cher question qu'on réalise ce que nous possédons. Souvenez-vous quand l'essence était à 1,50$ le litre: soudainement, les gens roulaient à 100 km/h sur les autoroutes...

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  9. ...et trouver un moyen d'approcher ceux qui ne lisent pas pour les conscientiser, eux itou. Je me rends compte que dans mon entourage, en regardant bien, tous mes efforts à moi sont anéantis par l'ignorance d'autres. Au minimum, je me dis que je viens de faire match-nul avec l'environnement...

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