mardi 18 novembre 2008

Mstislav - Première partie

Avant d'ouvrir la porte, je regardai ma montre: 9h pile. L'homme faisait honneur à sa réputation de ponctualité parfaite. Je reconnus tout de suite l'accent slave avec lequel j'avais pris rendez-vous quelques jours auparavant.

- Bonnjhour, Dâniel. Je souis Mstislav. Je souis ici pour plancher de couisine.

Ma main droite se perdit alors dans une immense paluche qui, en d'autres temps, aurait pu étrangler trois Kazakhs d'une seule poigne, puis, je me collai au mur pour laisser passer cette masse de muscles slaves qui traînait derrière elle une sableuse à plancher de près de 200 kilos comme si c'était un sac de golf.

Une fois dans la cuisine, l'homme s'agenouilla, flatta les lattes noircies par des années de prélart, puis renifla le plancher dans une position rappelant la prière musulmane. Je souris discrètement devant l'amusant manège. Mstislav resta dans cette position étrange suffisamment longtemps pour que j'en ressente un léger malaise. Au moment où je me décidais de partir dans une autre pièce pour laisser le Russe à sa méditation, il lança d'une voix forte mais posée:

- Chêne. 80 ans. Prélart depouis 50 ans. Peu colle. Beaucoup cire. Plous de travail. Au moins oune heure avant couche.

Il inspira puis laissa tomber, comme si c'était dans l'ordre normal des choses:

- Il y va avoir soupplément.

J'étais incapable de saisir si c'était une blague, une menace, une promesse ou un simple constat. Sans attendre une réponse de ma part, il posa un masque sur son visage, brancha la bête chromée qu'il avait rentrée avec lui, se sangla à elle, l'enligna avec les lattes, et fit basculer l'interrupteur. Le bruit et la poussière me chassèrent et je lassai le colosse à son ouvrage.

Depuis le salon, j'entendais la sableuse arrêter et repartir à intervalles réguliers. Pendant chaque silence, j'entendais l'homme parler doucement en russe, comme s'il dialoguait avec le plancher. Soudainement, il cria:

-Dâniel!

Je sortis de mon refuge. Dans un nuage de poussière de bois, l'homme était appuyé sur son engin maintenant recouvert d'une poudre beige.

- Je vais aller boire, dit Mstislav en toussotant. Pour poussière, précisa-t-il. Je revenir vite et poursouivre travail. Puis il sortit par la porte arrière.

Un peu moins de la moitié du plancher avait été sablée et sa nouvelle allure me confirmait que j'avais fait le bon choix, mais les 90 minutes qu'avait exigées le sablage de la première moitié de la surface n'annonçait rien de bon quant à la somme au bas de la facture que me tendrait bientôt le Russe.

8 commentaires:

  1. Oui, ils boivent de la Slavovitch comme alcool eux ,tres tres ravageur :)
    loutec Daniel ,loutec !

    RépondreSupprimer
  2. A-t-il sablé l'autre moitié en dansant avec sa bête? J'ai hâte de savoir!

    RépondreSupprimer
  3. Ça m'a l'air d'être un gars qui connait son affaire... Vous auriez pu faire la job pour le prix de la location de la sableuse (chez Loutec) et le coût des feuilles d'émeri avec, en cadeau, un mal de dos impérial...
    Faites-lui confiance, ça coûtera cher mais n'oubliez pas qu'il doit faire vivre douze de ses congénères moins talentueux que lui !

    Garamond

    RépondreSupprimer
  4. La poussière de plancher est définitivement soluble dans la vodka. Je t'en passe un papier
    sablé... ;-)

    RépondreSupprimer
  5. Dâniel! Essaie un "Kourrrva" bien senti pour voir...

    Tu m'en donnes des nouvelles?

    Chron. B.

    RépondreSupprimer
  6. Un planché sablé en russe...vas falloir que tu l'entretienne en russe après !!

    RépondreSupprimer
  7. Vous avez vraiment un don pour nous faire sentir comme si nous y étions... Je pouvais presque toucher la paluche du russe... et son haleine de Vodka au retour de sa pause!

    RépondreSupprimer