Suis en retard sur les évènements un peu. Je suis souvent comme ça, un peu décalé, jamais à la mode mais pas complètement à contretemps. C'est ce qui m'arrive avec le spectacle de Paul McCartney…
Voici un survol des évènements des derniers jours à son sujet, et de mes réactions…
Fait: On confirme un spectacle de l'avant-dernier Beatles vivant pour le 400e de Québec.
Moi: Beau coup de pub: le bonhomme est véritablement une légende.
Fait: Tout le monde capote: Wow, il est gentil; il n'est pas venu au Québec depuis près de 20 ans!
Moi: Moi, quelqu'un qui m'ignore pendant 20 ans sauf pour me dire quoi faire avec mes phoques, c'est pas fin de ma part, mais je le boude un peu. Je suis un peu puéril, je l'admets, mais bon…
Fait: Tout le monde continue de capoter: Wow, il est gentil: il nous offre un spectacle gratuit!
Moi: À plus de 4 millions de cachet, c'est pas lui le gentil, mais la ville de Québec. À 4 millions, vous n'avez pas idée de ce que je pourrais vous faire «gratuitement»…
Fait: Tout le monde n'en croit pas ses yeux! Le monsieur est, en plus d'une légende vivante, un vrai Sir avec de l'humour et de la gentillesse et une conscience sociale longue comme ça.
Moi: On oublie vite que le monsieur a tenté de saper le gagne-pain (et a presque réussi) de plusieurs Québécois quand il est venu nous faire la morale avec les phoques. C'est siiiiii cruel! Vous voulez voir de la cruauté, Sir? Allez voir dans quelles conditions sont élevées les poules. Allez voir une porcherie, juste une fois. Observez bien ce qu'endure un cochon de sa naissance à l'abattoir, combien de secondes il passera à l'air libre. Vous avez déjà visité un abattoir, Sir? Un phoque tué d'un coup de gourdin dans son milieu naturel souffre moins qu'un chevreuil tué à la carabine dans les bois! Alors, je n'ose comparer avec le porc auquel on casse le groin pour qu'il se tienne plus tranquille pendant son transport, transport lors duquel, avec un peu de chance et de calmants, il ne mourra pas écrasé par ses congénères… Alors désolé de ne pas pleurer sur la banquise avec vous.
Fait: Tout le monde ne se peut plus de bonheur! Tout le monde? Non! Une poignée d'irréductibles trouve qu'inviter un Britannique sur les lieux mêmes où le peuple francophone d'Amérique a perdu son territoire à la couronne britannique, c'est agir en colonisés (je paraphrase).
Moi: Je souris: c'est un peu exagéré, le bonhomme n'est pas responsable des actions de ses ancêtres. C'est un spectacle, c'est une fête, et lui un chanteur! Mais le rappel, en cette époque où rien ne doit déranger, tout doit être ok, où tous doivent «live and let die», ce rappel dis-je, cette ombre d'analyse de la situation que personne ne fait jamais sous peine de passer pour des «casseux» de party, se doit d'être.
Fait: Radio-Canada souligne et re-souligne à chaque bulletin de nouvelles que de méchants séparatistes veulent saper la fête.
Moi: Trop contente de bouffer du séparatisss, la télé d'état. C'est presque subtil.
Fait: Radio-Canada reproche à ces vilains séparatistes d'occuper trop d'espace médiatique au détriment de la fête du 400e.
Moi: Euh… Les «vilains» occupent, en terme d'espace, une feuille sur laquelle est écrite leur communiqué. Le reste de l'espace, c'est Radio-Canada et les autres médias qui le donnent, voire l'imposent. Arrêtez d'en parler et ils n'occuperont plus d'espace.
Fait: Radio-de plus en plus Cadenas interviewe McCartney, question de savoir ce qu'il pense des propos des vilains séparatisss, ce à quoi il répond: «J'ai à peine entendu parler de Wolfe à l'école. Je ne m'en rappelle plus trop. D'ailleurs "you still speak French?! You won, no?!"»
Moi: Ok. Fin de la gentillesse. Que Monsieur McCartney ne se rappelle plus de Wolfe, d'accord. Mais là, le petit ton arrogant et le «You won, no?!», bien qu'il se voulait humoristique, c'est trop.
Lors de cette bataille, on a perdu notre souveraineté. La plupart de ceux qui pouvaient se le permettre sont retournés en France. Les autres, pauvres pour la plupart et maintenus dans l'indigence, n'ont pu que se replier sur eux-mêmes. Quand ils osaient se lever debout, les Anglais leur mettaient la corde au cou. Et je parle même pas du sort réservé aux Acadiens.
Plus tard, près de la moitié des Canadiens français ont dû migrer aux États-Unis pour fuir la pauvreté (comme les Irlandais qui, curieuse coïncidence, ont aussi été colonisés pas les Anglais). Ceux qui sont restés ici étaient condamnés à des postes en bas de l'échelle à moins de parler anglais, et quelques-uns ont changé, informellement ou formellement, leur nom trop francophone pour une appellation anglaise afin de ne plus se faire «écoeurer» et pour avoir un mince espoir de vie meilleure. Ce n'est qu'il y a quelques décennies que notre fierté a commencé à revenir un peu.
«You won, no?!»
Aujourd'hui, dans ce pays qu'on m'impose, le taux d'assimilation des Francophones hors-Québec et hors-Acadie frôle le 80%. Même au Québec, les enfants issus d'un mariage mixte (anglo-franco) vont habituellement à l'école anglaise. Au collège où je travaille, il faut voir le nombre de noms de famille francophones sur mes listes de classe de français langue seconde de niveau 2, niveau où on apprend à distinguer le passé composé de l'imparfait, si seulement ils savent ce qu'est l'imparfait!!! La grande, la très grande majorité des Anglo-canadiens ne parlent pas français, et quand ils le font, ils méprisent habituellement mon accent: «I speak French, not Québécouââ» ai-je entendu plus d'une fois. Ici, à Montréal, combien d'unilingues anglais disent «Why speak French: We're in Canada!»? Qui n'est pas un jour entré dans un commerce montréalais en ne se faisant servir qu'en anglais?
J'arrête là, suis trop crinqué.
«You won, no?!»
No, Sir, on n'a pas gagné. On a perdu! On a perdu et on continue de perdre un peu plus chaque jour. Désolé de ne pas avoir le sourire des vainqueurs. Désolé de me souvenir encore de Wolfe…
Alors voilà. Merci d'être venu nous voir, Sir. Vous êtes un grand de la musique, c'est indéniable. Mais ce serait gentil de faire un peu attention à vos propos quand on vous invite, et de réserver votre micro à vos chansons.
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