mardi 22 avril 2008

Prix littéraire des collégiens 2008 - première partie : Le Palais des congrès

On est assis par groupe de cinq ou six au restaurant de l’hôtel. On discute livres, on lance des appréciations comme la plupart discutent hockey, on n’est pas toujours d’accord mais ce n’est pas nous qui allons donner le Prix littéraire des collégiens 2008 dans quelques heures. Je suis le seul du groupe à ne pas avoir de formation en littérature, alors je me charge du vin. Les débouchées de la linguistique me surprendront toujours.

Le serveur apporte notre (première) bouteille de vin, me la montre, je la regarde. Le serveur attend. Je le regarde, je la regarde, je la vois. Belle bouteille. En verre et tout. Bien. Qu’est-ce que je dois dire? Belle étiquette? Menfin, je hoche la tête. Ça semble le satisfaire. Le serveur tire le bouchon, puis me le tend. Beau bouchon. Il me verse quelques gouttes et prend la pose. La classe, je vous dis pas. Je goûte. Ouache! Ça sent le liège à pleines narines!

Mais là, en con, je fige à mon tour : suis-je devenu bourge au point de retourner les bouteilles au resto? Ai-je assez de finesse palatale pour distinguer le bon vin de la piquette? Est-ce que l’arôme de liège est ce qu’ils appellent «une touche boisée»? Dans le doute, je consulte le littéraire à ma gauche. Il goûte, il aime, je me tais. On verse.

Tout le long du repas, entre les critiques et les anecdotes, deux constats s’imposent. Le premier, surprenant, est que les profs de littérature, hors de leur département collégial, sont parfaitement fréquentables. Le deuxième, plus cruel, est que le vin dans ma coupe tient de l'imbuvable. Ma soif m’impose de le boire en apnée et chaque fois que j’y plonge, je regrette mon geste.

De l’autre côté de la table, mon amie Isabelle qui d’abord hésitait approuve maintenant: on aurait dû retourner la bouteille. Pourtant, on est les deux seuls à y percevoir la submersion de liège. Bientôt, je n’en peux plus et je commande une autre bouteille.

Quand nous plongeons dans cette seconde bouteille, j’inspire de bonheur! Que du boisée, des petits fruits, des champignons... Le sous-bois au complet quoi, mais sans le liège! Même mon voisin de gauche, qui buvait goulûment la première, en arrive à la même conclusion : on s’est délecté de bouchonné à trois fois son prix SAQ.

Morale de cette histoire : ne comptez pas sur la littérature pour vous permettre de bien jauger tous les plaisirs de la langue.

8 commentaires:

  1. De quoi te plains-tu ? Un vin bouchonné, c'est parfait pour accompagner de la semelle de botte parmigiana !

    RépondreEffacer
  2. Monik: c'était donc ça, le truc sur les nouilles sèches?!

    RépondreEffacer
  3. ENFIN, J'EXISTE!!!!

    RépondreEffacer
  4. Une histoire de lie et rature, et de gueule de bois à Liège !!

    RépondreEffacer
  5. Un habile serveur n'aurait jamais laissé passé un vin parfumant le bouquet extra liège. Un habile serveur, lorsqu'il ouvre une bouteille hume discrètement le vin à servir et s'il a le moindre doute, et bien, ne le verse pas...

    Votre humble dévouée, ayant effectué ce métier pendant plus d'une décade trouve que les habiles serveurs sont dorénavant aussi rares qu'un vin n'atteignant pas le triple de son prix dans une auberge moderne.

    RépondreEffacer
  6. Ce mauvais goût me surprend d'Isabelle... Haaa le pouvoir de la pression sociale!

    RépondreEffacer
  7. http://chroniquesdegab.blogspot.com/28 avril 2008 à 11 h 03

    J'aime bien ses descriptions tellement réalistes qui me remémorent le QC...

    RépondreEffacer