lundi 28 janvier 2008

Microbes

J’ai entendu quelque chose frapper la fenêtre de la cuisine. C’était un chardonneret. La couleur de son plumage tranchait sur celle de la galerie. Il gisait là, assommé par son illusion. Le ciel se confond souvent avec son reflet dans une fenêtre trop propre et on s’y frappe tous un jour ou l’autre. Depuis que j’avais acheté ce chalet avec Ariane, j’ai vu des dizaines d’oiseaux en faire autant. Chaque fois, ils en ont pour quelques secondes puis ils se réveillent, semblent se demander où ils sont, ce qu’il s’est passé. Ils recouvrent leurs esprits et repartent. Ce chardonneret en fera autant, mais par pitié, je suis sorti pour le mettre dans un endroit où il pourrait prendre tout son temps pour se réveiller sans d’abord servir de lunch à une bête aux dents pointues. En le soulevant, j’ai réalisé que c’était peine perdue. Le choc lui avait rompu le cou. Il avait laissé quelques gouttes de sang par terre. Une ou deux. Pas plus. Parfois, c’est suffisant pour mourir. J’ai soupiré.
Je me suis trouvé un peu ridicule de vouloir enterrer ce petit oiseau, mais je ne pouvais me résoudre à l’abandonner dans les bois ou dans le sac à ordures avec des restants de poulet.
Je n’ai pas eu le temps d’aller chercher une pelle. La sonnerie du téléphone a retenti. Après cinq coups, j’ai cédé. J’ai répondu en tenant le défunt et ses poux par une patte.
- Tu en as mis du temps à répondre! T’étais au lac?
C’était Ariane. Nous ne nous étions à peu près pas parlé depuis notre rupture, il y a un mois.
- Ça va très bien, merci. Et toi?
- Euh... Oui… Menfin… Écoute Pat, je sais que ce n’est pas super délicat de ma part, mais j’aimerais aller au chalet cette fin de semaine et je me demandais si...
- Avec Chose?
- Euh... Oui, avec Jim. Il s’appelle Jim.
- Non, il s’appelle James. Jim, c’est le diminutif. Et pour moi, Jim, ce n’est pas encore assez diminué, alors je l’appelle Chose...
Je pourrais aussi l’appeler Microbe, Cellule, Électron...
- Bon... Ouais, avec James. On sera là vendredi soir.
- Mais tu as toujours détesté cet endroit!
Quand je pense à toutes les stratégies que j’avais utilisées pour la convaincre d’acheter ce chalet pour ensuite y aller toujours seul. Je m’étais fait à l’idée. Maintenant que nous étions séparés, je pensais racheter ma part à Ariane. Ce chalet ne me revenait-il pas de facto?...
- Oui, mais là, je veux y aller. Ça serait mieux si tu n’y étais pas...
- Ça, je l’avais compris. De toute manière, notre chalet a commencé à tuer des oiseaux.
- Qu’est-ce que tu racontes?
- Rien, rien. Est-ce qu’il y a d’autres endroits d’où tu vas me chasser ou c’est le dernier?
- Pat...
- Bye.
J’ai raccroché. C’est fou le silence après la mort d’un oiseau. Je suis sorti et j’ai ouvert le caisson du BBQ au gaz. J’ai glissé mon cadavre à poux sous les briquettes. Microbe était sûrement du genre à se faire un BBQ quand il allait dans les bois.

3 commentaires:

  1. La vengeance est un plat qui se mange, euh... grillé? ;-)

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  2. C'est pas toi qui avait mis un nid de souris dans mon BBQ ?

    Ca me fait penser au coup de la brosse à dent passé dans la cuvette!!

    On ne devrait jamais remettre les pieds dans l'appartement d'un ex, c'est trop risqué...

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  3. Je me souviens j'avais 13 ans, un copain d'école m'avait apporté un bébé hirondelle... Moi et mon pôpa, nous avons veillé sur elle, l'avons nourrie à la seringue à la sauce d'insectes divers... Un soir, j'ai osé la pousser dehors... La nuit fut orageuse, et au matin elle m'a réveillé de son bec sur la fenêtre de ma chambre... Elle est morte avant midi, encore humide... La liberté de vivre n'est pas toujours là où elle paraît être..! :( Vaguedemain***

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