lundi 13 novembre 2006

J'aimais Chris De Burgh...

Nous étions quatre qui voulions nous battre. Armé d’une paire de rois, j’essaie de deviner si les gars devant moi bluffent ou pas. Bel exercice de lecture compte tenu que les joueurs qui siègent à la table sont un comédien, un humoriste et un pro du poker… Le prof de français essaie tant bien que mal de lire entre les clignements, les farces, les silences. Je double la mise, le comédien et l’humoriste me suivent, le pro se replie. Plus que deux. Le dealer laisse tomber le flop. 8-10-2. Carreau-pique-trèfle; rainbow comme disent les Mongoux (un Mongol, des Mongoux). Inoffensif. Le comédien check. L’humoriste me regarde et laisse tomber 3 milles sur la table. Il n’a rien, le clown. Une grenouille qui gonfle les joues pour faire peur à la couleuvre. Mais lire un humoriste, c’est comme lire le journal en italien : tu crois comprendre parce que ça ressemble au français, et tu te ramasses à voter pour Berlusconi... Je jongle avec une pièce de 5 milles… Un filet de voix me dit de me replier. Mes hormones m’ordonnent de montrer les crocs…
Je fais all in.

-Et j’ai crié, crié-é, Aline…

La farce est éculée, on la rit quand même un peu. Politesse de grégarité masculine. C’est à ça que ça sert, des amis de gars. On s’encourage quand la tension monte.
Le comédien soupire, se retire. Plus que le comique et moi. Mais le comique ne rit plus. Il a les yeux plantés dans les miens. Je joue avec mes cartes, je branle la patte, je m’appuie sur les coudes, je multiplie les signaux pour confondre le radar de l’adversaire.
Il appelle Aline aussi.
Duel.
J'ajuste mon Stetson...

J’exhibe mes rois, il montre As-4.

Fine brise sur une mer d’huile.
Léger avantage bibi.
Le dealer tourne un valet.

On fait des blagues mais plus personne ne rit. On attend la rivière au bout du tournant. Seules trois cartes, les trois as restants, peuvent me battre. Je calcule rapidement un 8% - mais serait-ce 15? - de chances contre moi… Par superstition, je ne regarde pas le magot au centre de la table. 92%... Mais serait-ce 85?...
La main du dealer brûle une dernière carte. Les autres joueurs ne parlent plus. J’entends la montée dramatique du train espagnol de Chris De Burgh, et le dealer

Slips another ace.
Saprée toune plate du maudit...

Coup sans merci.
J’ai serré la main de l’humoriste.

Je n’aime plus les humoristes.
Ni Chris De Burgh.

3 commentaires:

  1. Mais lire un humoriste, c’est comme lire le journal en italien : tu crois comprendre parce que ça ressemble au français, et tu te ramasses à voter pour Berlusconi...

    C'est trop bon ça. Vous auriez dû gagner...

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  2. Ne vas pas perdre ton temps (et ton argent) avec les humoristes, Dan! Nous autres on n'est peut-être pas très drôle, mais on te laisse gagner...

    Allez! À dimanche!

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