lundi 12 décembre 2005

Liberté et Puissance

Tous les matins, je roule vers le boulot sur la même autoroute, empruntant les mêmes voies, abordant les mêmes courbes de la même manière. De l’autre côté du terre-plein, les banlieusards font la queue vers des paravents greiges et une promesse de chèque de paie. À la radio s’empilent bulletins météo, chansons prévisibles et pubs d’automobiles qui me promettent liberté et puissance.

À la hauteur de l’avenue Woodland, entre deux poteaux du garde-fou au centre de l’autoroute, il y a le cadavre d’une jeune biche, frappée par un véhicule il y a quelque temps déjà. Chaque fois que je passe par là, je me répète les mêmes trucs, dans le même ordre. Primo : il y a des cervidés à Beaconsfield? Secundo : elle aurait dû rester dans son ravage. Traverser une autoroute, quand on est un chevreuil, ce n’est jamais une bonne idée.

Pendant que je roule à 110 km/h, je me demande qui de nous deux est le plus brillant. Tous les jours, je suis une voie toute tracée, goudronnée, balisée. Quand je m'emmerde trop, je mets deux roues dans l’accotement, de l’autre côté de la ligne, pour prendre un peu plus que ce qu'on m'a donné. Mais même là, je demeure en marge, dans cet espace qui se définit par la norme, à mille lieux de ce dont je rêve parfois, un esprit libre qui n’est en réaction à rien. Je ne suis pas cette entité qui va où elle veut, où elle espère l’herbe plus verte, qui se fout des sens uniques et des garde-fous pour gens sains, et qui parfois traverse une autoroute devant le faisceau étroit des phares d’une voiture.

Tous les matins, malgré ses grognements et sa suspension assistée, ma boîte de tôle n’arrive pas à me faire oublier qu’elle roule avec le sang de la liberté sur sa puissance froissée.

3 commentaires:

  1. Félicitations pour cette prise de conscience et félicitations encore pour l'initiative d'exprimer cette prise de conscience.
    La réponse au malaise ne réside-t-elle pas dans l'utilisation des transports en commun ?
    On laisse vraiment traîner sur l'autoroute des cadavres de cervidés ?
    J'espère que le beau-frère va s'en indigner, ne serait-ce qu'en pensant à la viande dont il ferait si bon usage durant cette période...

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  2. Est-on plus libre quand on a conscience de la liberté ou lorsqu'on ne sait pas ce que ce concept est?

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  3. Il n'est peut-être pas trop tard:
    800 g de rôti de biche
    • 10 cl de crème liquide ou (100g) fraîche, allégée
    • 30 g d'huile d'olive
    • 40 g de Madère ou 4 cl
    2 clous de girofle
    • 2 gousses d'ail en chemise
    • 1 feuille de laurier
    • 300 g d'airelles (facultatif)
    • Sel, poivre
    368 cal/portion
    Faire fondre le beurre, mettre aussitôt les girolles, saler, poivrer. Cuire rapidement 5 minutes. En fin de cuisson, saupoudrez de persil. Réserver sur votre plan de travail.
    Chauffer l'huile, ajouter le rôti et laisser dorer sur toutes ses faces. Passer à feu doux. ajouter l'ail en chemise (avec la peau) et la feuille de laurier, les clous de girofle. Laisser cuire à feu doux pendant 1 heure
    Ajouter l'ail en chemise (avec la peau), la feuille de laurier, les clous de girofle. Laisser mijoter une demi-heure à une heure si vous le voulez saignant ou bien cuit. couvrir, ajouter un peu d'eau si le besoin s'en fait sentir. Retourner le rôti régulièrement.
    15 minutes avant la fin de cuisson, verser le Madère, la crème, saler et poivrer. Retirer le laurier, l'ail, les clous de girofle. Récupérer le contenu des 2 gousses ail, ajouter à la sauce.

    Bon Ap.!

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