Il y a le temps des silences, le temps où l’on tait les je t’aime pour ne pas faire fuir, pour ne pas faire peur, pour ne pas que les embryons avortent comme ils le font parfois au printemps. Le temps d’être sûr comme si ça se pouvait. Il y a le temps des angoisses muettes, le temps de saisir que nos gestes, nos paroles et notre être tout entier ont une réelle portée. Il y a le temps où paralyse la peur de sortir de son nombril, de perdre ses amis parce qu’on n’a plus qu’un sujet de conversation, de tenir un bonheur insoutenable à bout de bras et d’en être trop faible, de devenir « mononc’ » avant d’être vieux, de tondre son gazon pour fuir son salon, d'être pris en étau par les gosses. Cette magnifique peur d’être dieu pour quelqu'un, et surtout la terrible peur de redevenir homme après quelque temps.
Puis je croise le regard neuf d’un bébé, ses mains qui ne peuvent saisir qu’un doigt à la fois, ses pieds qui battent les airs de rage et de plaisir. Et pendant qu'il poursuit sa route avec ses dieux épuisés, je regarde le ventre de ma blonde qui commence tout juste à s’arrondir, et je souris.
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