mardi 6 septembre 2005

Esprit de bottine

Droite, gauche, droite, gauche, garde le rythme, garde le souffle, garde surtout le doigt sur la détente. Droite, gauche, droite, gauche. Le pas au pas, les idées au pas, les intentions au pas. Devenir des machines, obéir aux ordres, ne pas pousser l’idée plus loin que celle du supérieur. Être comme cela parce qu’on nous loge, nous nourrit, nous paye. Le push up valorisateur, l’insulte renforçatrice, la retraite à trente-cinq ans comme motivateur. La retraite tôt si on est fin, si on n’est pas encore fou, si on n’a pas trop de plomb dans la tête. Droite, gauche, on n’appelle plus un chat un chat : l’aveuglement devient la discipline, la déficience devient l’obéissance, le cri devient une réponse, la pensée unique devient l’uniforme. Droite, gauche, on nous dit que nos obus sont faits pour défendre. Droite, gauche, nos muscles sont faits pour protéger. Droite, gauche, mais tout est taillé pour effrayer, maquillé pour être camouflé, outillé pour éclater avec le maximum de dégâts. Tellement que quand on nous demande d’aider une population inondée, noyée, affamée et apeurée, on arrive déguisés en arbres avec pour seul outil une mitraillette.

Et partout depuis toujours on mesure la grandeur d’une nation au bruit de ses bottes. Le pas est droite, gauche, droite, gauche, parce que c’est la loi de la nature, parce que l’équilibre l’exige. Mais l’esprit va droite, droite, droite, droite. Après on se surprend qu’il finisse invariablement par trébucher.

2 commentaires:

  1. Maudit que j'aime ça quand tu vires politique! Et je préciserai pas de quel côté...
    Ce texte me donne envie d'applaudir. Mais si on me surprend, dans mon bureau, j'ai peur des conséquences!

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  2. Je lisais ton texte et j'entendais les échos d'un reportage de "Dimanche magazine" qui est passé un jour d'été des années 1990. On y parlait de ces prionniers de l'apartheid qui utilisaient le rythme de leurs pas pour se passer des messages, puisqu'ils n'avaient pas le droit de s'adresser la parole.

    Dans ce cas là, le bruit des bottes était un message politique à l'insu des oppresseurs. Qu'on s'en souvienne.

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