dimanche 28 août 2005

Six mois

texte (ici retouché!) écrit pour le collectif Coïtus Impromptus


À ces moments-là, je devenais un automate, un horizon saskatchewanais, un élève qui récite une fable trop bien apprise devant ses grands-parents à Noël. Je n’ajoutais pas d’émotions, je savais le récit capable de communiquer les siennes sans mon aide. Mais j’étais un piètre acteur, et l’histoire d'aujourd'hui particulièrement mauvaise. Il me fallait admettre que mon cabinet de médecin était parfois une scène inconfortable. En m’écoutant, madame Chartrand ne pleurait pas. Elle a seulement dit sans trop y croire qu’il devait y avoir erreur, que c’était impossible. Pour toute réponse, j’ai regardé mon pouce droit qui massait la paume de ma main gauche.

Devant ses déchirantes suppliques, j'ai menti et j'en ai un peu plus mis que ce que l'auteur avait écrit. Six mois. Je lui ai promis qu’elle verrait fondre la neige, qu'elle humerait une dernière fois les fleurs de son lilas. Après le silence, on a parlé, beaucoup de ses enfants, un peu de la vie qui lui restait, puis on s’est donné un autre rendez-vous. Avant de fermer la porte capitonnée derrière elle, livide, madame Chartrand m’a remercié pour tout le temps que je lui avais accordé. Je n’ai rien ajouté. J'ai tiré les rideaux. Dehors, c’était déjà novembre.

2 commentaires:

  1. Parfois , on est gêné par les mercis POUR DE VRAI :(

    RépondreSupprimer
  2. Ah ah! Lifting!
    Je préfère cette version. Comme quoi parfois il est préférable d'en dire un peu plus.
    Mais pas toujours. Parole de grande gueule!

    RépondreSupprimer