samedi 8 janvier 2005

Psycho-poético linguistique

Les vacances se terminent et mon âme de professeur de langues et de linguiste retrouve ses esprits après une courte hibernation. Alors, premiers étirements...

On n'a peu idée de la façon que la langue sculpte notre imaginaire. Dans plusieurs langues, les objets se distinguent par leur genre, ce qui entraîne inévitablement une forme de poésie animiste. Dans d'autres langues - tel le montagnais -, ces mêmes objets sont animés ou inanimés. Derrière son apparente logique, la fraise y est animée, mais pas la framboise... En anglais, tout est neutre. Alors quand on emprunte un mot anglais, on le travestit selon des standards plutôt obscurs; on a mis une robe au mot job au Québec, mais une moustache en France...

Parfois, la langue sculpte notre imaginaire par les mots qu'elle met à notre disposition. Il y a alors des distinctions de temporalité ou d'intensité intégrées aux mots. L'espagnol distingue deux verbes être; un temporaire (estar) et un permanent (ser). En anglais, on peu aimer un peu (to like) ou aimer tout court (to love to court). En français, il n'y a pas de mot pour aimer un peu. Si on aime, on aime!

Mais il serait parfois pratique d'avoir un verbe aimer permanent et un temporaire. Ce serait parfois impoli, mais on économiserait une fortune en coeurs brisés et en psy.

21 commentaires:

  1. la langue française est un produit des mythes occidentaux: l'éternité se résume à la pulsion des fluides, pour certains.

    je ne sais pas pourquoi, mais ton post me donne envie de citer ici mon ami le poète Yves Boisvert:

    «Dans le piano, le plus important, c'est le bois. Sur la scène, le plus présent, c'est l'ombre toujours seule l'ombrage du mensonge et le mensonge dont je parle est le dernier résidu du secret
    ...

    gens foutus de la pire espèce espèce que j'incarne deux fois par coeur, giguant, une dame au becet l'âme frère d'âme des bums
    Je suis mort, moé, dans la patrie du vent»

    Yves Boisvert
    Mourir m'épuise1974

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  2. Ce qu'on économiserait en coeurs brisés, on le perdrait en poésie...

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  3. Aussi bien faire comme les espagnols tant qu'à ça ! Allez hop, trois verbes pour aimer: Querer, Amar, Gustar ! Au moins, en français, tu peux dire: Non non, c'est pas ça que je voulais dire ! ;-)

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  5. erreur de piton, on m'excusera, je repost le commentaire ici... :)
    ------------------------------------------------
    oui intéressant.
    d'ailleurs, à l'intérieur d'une période relativemant courte, une personne peut même mélanger (j'ai entendu tout ça récemment).

    je t'aime
    y te querio
    je te love

    pourtant, en anglais, il y a like, comme le soulignait Daniel...
    scuzez, je réfléchis à voix haute...

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  6. Mais comme disait Dédé Fortin:

    "Je t'aime beaucoup, ça fait moins vrai !"

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  7. De toute façon, quand on aime il n'y a pas un traître mot qui peut exprimer avec justesse ce que l'on ressent.
    Il n'y a rien comme prouver que l'on aime plutôt que de le dire... (c'est ce qu'on dit, ça ne m'ai pas encore arrivé).

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  8. Oui mais... lover quelqu'un, ce n'est pas l'entortiller ?? C'est peut-être le mot français pour dire like ?!?

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  9. Ne peut-on pas apprécier, aimer et adorer dans notre langue? Situant l'amour à des niveaux différents comme peut le faire l'espagnol, non?

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  11. Précision : en anglais, il est un mot qui peut ne pas être neutre : "boat". Nombre de commandants, encore à l'heure actuelle, disent "she" pour désigner leur navire. Par rapport à l'espagnol, je dois dire que j'ai été stupéfait en l'apprenant de constater que cette langue se démarque des autres langues latines en ceci qu'elle est d'un pragmatisme déconcertant. Ainsi, un interphone se dit "portero automatico" (concierge autmatique), un distributeur de billets se dit "cajero electronico" (caissier électronique). Aussi, on ne s'étonnera pas de constater que les titres de films étrangers sont traduits mot à mot, y compris lorsque le titre est une expression idiomatique. De toute façon, une expression rachète à elle seule toutes les petites naïvetés de cette langue : "de bouche à oreille" devient "de boca a boca", n'est-ce pas un plus joli point de vue ?

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  12. L'oeuf ou la poule ?

    Est ce- la langue qui sculpte notre imaginaire, ou elle-même qui est issue de notre façon d'appréhender les choses?

    Je ne suis pas étonné d'apprendre que la langue montagnaise puisse décider que ceci ou cela a une âme ou pas. (Quoique j'aimerais savoir pour la framboise...)
    Quand une langue naît d'un rapport immédiat avec la nature...

    Idem pour l'anglais, dont la culture ne permet que de eptits écarts affichés de tendresse (Her Majesty Ship..) :-)

    Et avec le feu qui court dans leurs veines,les espagnols sont bien avisés d'avoir quelques mots pour aimer et ainsi différencier leurs états d'âme..:-)

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  13. Aurait-on oublier le fameux "je t'aime bien" ? La forme la plus négative du verbe aimer en français parce qu'elle implique toujours un mais.....:))))

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  14. Ouin, y'a du beau monde ici. Je me ferme les yeux et je vous imagine ayant cette conversation, terrasse d'été les lèvres dans la mousse et ça me rend heureuse. M'en fout si ça vous rend pas heureux, c'est mon fantasme à moi! Je pourrais dire je vous aime, mais ça serait déplacé du haut de mes pixels!

    Le problème avec notre 'aimer' c'est qu'il semble toujours mal habillé. Il est parfois bien trop chic pour les endroits où on l'évoque, parfois bien nu pour ce qu'on voudrait en dire. Incontournable, il est aussi terroriste à sa façon.

    Les enfants expriment leur amour en grosseur, en largeur, physiquement, comme la maison, comme la terre, comme l'univers. Rien n'est assez gros pour exprimer leur besoin de l'autre. Je ne sais pas quand les choses se gâtent, quand la métaphore ne se fait plus que du bout des lèvres. Quand on arrête d'oser le dire, d'oser le demander. Quand 'Je t'aime' semble l'arme du crime, on oublie même qu'un jour on puisse avoir dit 'Je t'aime gros comme la terre'.

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  15. Faudrait décerner une palme d'or pour le sujet le plus "hot" du mois. Une photo de Daniel Rondeau : le bloggiste du mois ! Et de tous bloggistes qui ont envoyé leurs commentaires également...

    Je suis comme Catherine et j'imagine cette conversation... Je peux partager ton fantasme ? Le groupe assis dans un foutoir quelque part...

    En français, les histoires d'amour c'est "touché". Oui, la langue crée notre imaginaire. Les Français sont les plus roucoulants en matière d'amour. Faudrait vérifier auprès des peuples qui vivent encore le mariage "arrangé". Les Espagnols, eux, braillent tout le temps... Sont parfois obligés d'amplifier en plus : te quiero, te adoro...

    En français, on qualifie le verbe pour le rendre fidèle à notre pensée. "Je t'aime bien", c'est tu cute se faire dire ça ! Je t'aime à mourir... c'est épeurant.

    Aussi bien bannir les mots et donner des fleurs ! Paroles, paroles, paroles... Le hic dans tout ça, c'est que le verbe "aimer" est polysémique... autant de sens que de personnes... ça n'arrange rien.

    En absolu, "Je t'aime" a une saveur d'éternité. À utiliser avec beaucoup de prudence.

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  16. Ce que conseille d'ailleurs Heineken...:-)

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  17. Avec une telle épreuve, Job ne peut qu'être masculin voyons :)

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  18. Parlant des enfants et des verbes, on constate une généralité en psychologie
    que la petite fille utilise davantage le verbe AIMER pour se définir (j'aime ta robe, j'aime la musique, ceci, cela...)
    alors que le petit garçon utilise davantage les verbes ETRE et AVOIR (je suis fort, j'ai un camion etc)

    Moi, je soupçonne qu'en vieillisant, il y a une sorte d'inversion dans les préoccupations des sexes.
    ??

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  19. Pour continuer sur ce que disait Catherine, je crois que nous arrêtons de mesurer l'amour lorsque nous prenons conscience que le rejet existe. C'est parallèle à l'adolescence et au besoin de plaire. On a peur, alors on hésite. Peur du ridicule autant que de se casser le nez d'ailleurs. Et puis, on se met soudain a distribuer les «je t'aime» de manière plus ou moins heureuse pour combler certains vides. Sans trop savoir exactement ce que nous voulons dire.

    En y pensant, il devient évident qu'avoir un commentaire gentil peut être périlleux. C'est tellement plus facile d'être mesquin, on a au moins la certitude de ne pas blesser par inadvertance.

    Mathilde

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  20. J'adore cette note ; "on adore que Dieu" disait ma grand-mère. Si on ne croit pas en Dieu, on peut adorer à peu près n'importe quoi, ce qui, paradoxalement, est moins fort qu'aimer. "Je t'adore", n'est-ce pas ce qu'une femme dit à son meilleur ami pour l'éconduire ?
    On en finit pas, mais "on" n'existe pas, disait la psy. On en s'en sort pas anyway. Ouais.

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  21. Alors je tente un commentaire sans m'inscrire à Blogger, juste un petit écho à votre note : en celte, il y a un même mot pour désigner le bleu et le vert. La langue sculpterait, outre l'imaginaire, nos perceptions aussi, mais vous le savez, je pense.
    Bibi Aventurière

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