vendredi 19 novembre 2004

Le Hamac ou Pourquoi les bananes de Guillaume se balancent-elles?

Assis sur le sable, Guillaume et moi regardions avec amusement deux petits Mexicains se faire ramasser par des vagues trois fois hautes comme eux. À chaque fois qu’ils disparaissaient dans le rouleau d'une vague, nous grimacions de douleur. Les niños se relèvaient en riant, et après avoir vidé leur maillot du lest de sable, ils couraient affronter la vague suivante en lançant de grands cris rieurs.

Près de nous, un vendeur de hamacs faisait les yeux doux à une Américaine boudinée qui révélait un nombre impair de mentons quand elle riait. Lorsque le vendeur s’est éloigné de lui, le boudin nous a regardé en souriant. Guillaume a rapidement remonté ses fausses Oakley et moi j'ai plongé avec un intérêt mal simulé dans notre partie d’échecs.
‒ ¿Una hamaca?
Nous avons relevé la tête comme des nageurs synchronisés. Le vendeur de hamacs regardait Guillaume avec les mêmes yeux que ceux qu’il avait eus pour le saucisson. Guillaume s'est senti moche tout à coup. Il a répondu:
‒ No. Graaciâs.
J’ai étouffé un rire face à son accent québécois trop appuyé.
‒ Ha! Parlé francess... Dé MonTréal?
Notre chance; le 3e québécophile de la journée...
‒ Mmmm... a répliqué Guillaume derrière ses verres teintés.
‒ Alors, ¿Una hamaca? Très connfortablé!
‒ Sûûrement. Non merci.
Mon coeur balançait entre l'exaspération et la vague gêne de notre évidente bourgeoisie. J'ai essayé de noyer le malaise avec ce qui me restait de houblon.
‒ Alors, ¿una pequeña hamaca?
Le mec a balancé un petit filet jaune entre ses mains. Merde! Un hamac à fruits! Le bière m'est montée dans le nez. J'ai laissé Guillaume s’arranger avec la transaction pendant que je m'essuyais.
‒ Pas pour le moment. Mais je reviens en février. Mes fruits voudront se balancer cet hiver. Alors ok en février.
Loin de se décourager, le vendeur a compté lentement sur ses doigts:
‒ Diciembre, enero, febrero... ¡Tres meses! C’est longue, tres mois...
‒ Sur l’échelle d’une vie, 3 mois, c’est un pet, hombre. C’est rien.
‒ ¡No! C’est pas rienne... Yé poux mourir d'ici 3 mois!
‒ Moi aussi, je peux mourir. Et qu’est-ce que je ferais d’un hamac à fruits, si je meurs, hein?
‒ Si tou mours, qu’est-cé qué tou férais dé ton argent?
Nous sommes partis à rire et d’un regard, nous nous sommes avoués vaincus. La discussion avait été trop bonne pour même penser barguigner.

C’est les bananes de Guillaume qui sont contentes.

4 commentaires:

  1. Je ne sais pas si c'est moi mais ce bout de texte sonne une cloche. Est-ce que ce ne serait pas dans Chercher le vent ou c'est moi qui est encore sous l'effet d'une mauvaise mémoire?

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  2. Et bien faudrait peut-être que je la lâche...
    C'est un bon texte, j'ai bien ri et bien réfléchi

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  3. Voyons Alex, tu vois bien que c'est de la fiction : les bananes à Guillaume, ça ne tient pas dans un petit filet jaune...

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